Germain Larochelle: Le Shaman





Le Secret

des guérisseurs

Pendant plus de deux cents ans, on a cherché à identifier l'élément responsable des guérisons effectuées par le magnétisme animal, que Mesmer (1734-1815) s'attribuait comme une découverte personnelle. Il l'expliquait par l'existence d'un fluide universel qui pénétrait toute chose et qui était soumis au même flux et reflux que le Soleil et la Lune exerce sur la mer et l'atmosphère. Ces variations dans l'attraction des astres étaient, selon lui, la cause de déséquilibres qui pouvaient engendrer les maladies. L'inventeur du magnétisme animal tenta sans succès de faire reconnaître par la Science et la Médecine sa théorie sur le plan physique. Ses disciples feront de même, étant en cela sollicités par l'"esprit scientifique" cher au siècle des lumières.

À chaque théorie explicative avancée par les tenants du magnétisme physiologique, les savants opposaient une fin de non-recevoir et attribuaient les effets réels obtenus par les magnétiseurs à l'imagination, à la suggestion ou à l'imitation. Ainsi, ils se conformaient à la Commission royale de 1784 qui concluait son rapport en affirmant que "le magnétisme animal sans l'imagination ne produit rien", Ce que Mesmer, il va sans dire, contestait avec véhémence.

Mais les effets évidents (guérisons, phénomène de somnambulisme, sommeil lucide, etc.) ne pouvant être niés, les disputes persistèrent entre les mesmériens et leurs advesaires (surtout médecins) et donnèrent lieu à d'autres découvertes qui ont favorisé le développement de la psychologie moderne. James Braid, médecin anglais, qui avait assisté, à Manchester, aux démonstrations de Charles Lafontaine, excellent magnétiseur, les reproduisit chez lui sur sa femme, son assistant et son domestique: en focalisant leur attention sur un objet, il les mit sans difficulté dans un état de sommeil artificiel qu'il nomma hypnotisme.

Les recherches sur ce sommeil artificiel ont pris alors le pas sur les discussions sans issues au sujet du magnétisme, On fit d'importantes opérations chirurgicales sur des personnes qu'on avait mises au préalable en hypnose (Dr Esdaile aux Indes). On ne parlait plus alors de mesmérisme ou de magnétisme mais de braidisme. Les disciples de Mesmer n'en continuèrent pas moins à magnétiser et à guérir des malades. Chacun, à la lumière de ses propres observations, tentait d'en expliquer scientifiquement le mécanisme (Puységur, Deleuze, Du Potet, Durville). Mais officiellement, les savants se tournèrent désormais et avec intérêt, vers l'hypnotisme dont les applications s'avéraient plus utiles au plan médical.

On guérissait également par l'hypnose. Si à la Salpêtrière (Paris), avec Charcot, on s'amusait à faire des expériences sur des hystériques, à l'école de Nancy, avec Bernheim, on procédait plutôt au traitement des malades. Freud fréquenta les deux écoles mais abandonna vite l'hypnose pour y substituer sa méthode psychanalytique, plus sûre, à ses yeux. Nous voilà donc à l'origine de la psychologie moderne. Et c'est un disciple de Freud, le Dr Franz Alexander, qui élabora, d'après ses recherches et observations, la médecine psychosomatique. Un élément nouveau apparaissait donc dans le traitement des malades: la relation entre le psychisme et le corps, l'influence du premier sur le second.

Parallèlement à l'exercice des guérisons magnétiques qui continuaient clandestinement, le spiritisme naissait avec Allan Kardec et déclenchait la vogue des tables tournantes. Victor Hugo en était un familier et des savants comme Crookes et Jung y assistèrent pour étudier ces étranges phénomènes psychiques. Aux États-Unis, à partir de 1848, les "esprits" commencèrent à parler au moyen de coups frappés ou de ouijas(1) dans des sessions nocturnes autour d'une table. Des oeuvres littéraires sont produites par des médiums en transe (écriture automatique). Ceux-ci, en majorité des femmes, sont étudiés par des savants, physiciens (Crookes) et psychologues (William James), dans le cadre des sociétés de recherche psychique (Londres, et Chicago).

Puis, Rhine (1930), pionnier de la parapsychologie, entreprit des recherches sur des phénomènes psychiques qu'il nomma Perception extra-sensorielle (E.S.P.) et prouva, par la méthode statistique, l'existence de la télépathie, de la précognition et de la télékinésie. On n'a jamais pu nier le caractère scientifique de ses conclusions. Peu à peu apparaît ou se laisse deviner l'influence prépondérante de l'esprit (on disait alors les dispositions psychiques) sur le corps.

Sur un autre plan, oeuvrait Edgar Cayce (1877-1945), guérisseur médiumnique, dont les communications clarifiaient, non seulement le processus de guérison, mais aussi la véritable nature spirituelle de l'être humain et sa relation essentielle avec la santé et les maladies du corps. les nombreuses guérisons qu'on obtenait en appliquant à la lettre les remèdes qu'il préconisait pendant un sommeil artificiel proche de l'autohypnose, intriguèrent certains médecins et les incitèrent à étudier sérieusement ses Lectures de santé. Certains devinrent ses disciples et appliquèrent ses principes dans leur pratique médicale. La réputation de ce prophète endormi gagna bientôt le monde entier.

La médecine psycho-somatique fut suivie des décoiuvertes de la neurolinguistique qui fit ressortir l'influence de la suggestion sur l'économie du cerveau. La Programmation neurolinguistique(PNL) vint enrichir l'arsenal des thérapies psychologiques.

Une autre étape fut franchie, lorsque des chercheurs, physiciens (Gnose de Princeton), des médecins, biologistes et endocrinologues, élaborèrent une explication de la santé et de la maladie par la relation inséparable du corps et de l'esprit (Dr Deepak Chopra et Dr Bruce Lipton). Selon ces derniers, l'influence du Corps-Esprit, considéré comme un tout indivisible, se matérialise sous la forme de neurotransmetteurs ou neuropeptides messagers qui codent, dans l'ADN des cellules de l'organisme, des informations utilisables pour le développement, le maintien et la régénération du corps.

À mon avis, la dernière étape est apparue lorsque Jane Roberts (1929-1984), excellent médium américain, nous a révélé l'Enseignement de Seth: l'être humain est une personnalité d'essence énergétique qui crée son corps (sa santé et ses maladies) et son environnement par ses pensées, ses émotions et ses croyances. En lisant les communications de Seth, on constate facilement que cette entité élabore plus en profondeur ce que Cayce a pu nous laisser entendre dans ses nombreuses Lectures de santé et de vie.

À la lumière de cet aperçu historique, on peut synthétiser ainsi l'Art de la guérison. Ce n'est pas par un fluide physique quelconque qu'un thérapeute traite les malades, mais par la Vie elle-même ou l'énergie vitale. Les magnétiseurs traditionnels, selon leur théorie de l'émission du fluide (ou de l'agent magnétique), devait faire des impositions manuelles ou des passes pendant une heure en moyenne pour "communiquer leur fluide vitalisateur" au patient et recevoir les malades pendant de nombreuses séances pour venir à bout de leurs maladies. Dans leur conception du traitement magnétique, il s'agissait pour eux de relever le tonus du malade au moyen de leur propre vitalité qui accusait ainsi une déperdition nécessaire au profit du malade: cette communication suivant analogiquement la loi des vases communicants. Pour pouvoir magnétiser, le guérisseur devait donc jouir d'une excellente santé et n'être affecté d'aucune maladie, le nombre de malades traités quotidiennement dépendant de la vigueur du magnétiseur.

Sans doute le thérapeute dirige-t-il son rayonnement aurique vers le corps éthérique du malade, soit par la pensée soit par l'imposition des mains, mais ce rayonnement ne sera efficace que si l'esprit du malade, son Moi intérieur, éveille son pouvoir guérisseur et syntonise son propre rayonnement (même affaibli par la maladie) avec celui du thérapeute. Il acceptera ainsi de se guérir en assimilant le surplus de vie que lui communique le guérisseur (par exemple, sous forme de diverses couleurs subtiles). L'accord entre le thérapeute et son malade se réalise d'abord par télépathie: ce dernier reçoit le "message" du premier dans son inconscient: il accepte de le traiter. Ses paroles et ses gestes extérieurs seront les images qui meubleront le mental du malade qui, par sa visualisation active et positive, mettra en activité sa faculté d'autoguérison pour modifier l'état déficient de son corps et lui restituer son équilibre physiologique.

Il va sans dire que le guérisseur communique la Vie qu'il puise à la Source des Énergies Cosmiques à laquelle il s'est préalablement branché mentalement, et cette Vie passe d'abord par son rayonnement peronnel. C'est pourquoi Cayce nous dit qu'"en guérissant les autres, on se guérit soi-même". Il n'est pas non plus essentiel que la communication atteigne d'abord le système nerveux, comme le prétendaient les magnétiseurs traditionnels. Mais ce dernier peut être traité comme toute autre partie du corps par l'énergie vitale.

(1) Planchette qui se promenait au toucher d'un médium en indiquant des lettres ou des nombres pour former un message.