Le système de guérison

Le «système de guérison», tel que nous le concevons, possède trois fonctions: diagnostic, autoréparation et autorégénération. Il travaille généralement en deça du seuil de la conscience. Malheur à la cellule qui devient cancéreuse dans un organisme fonctionnant normalement: elle va être identifiée, détruite et éliminée, à la suite de quoi le corps va se remettre complètement à neuf. Telle est l'homéostasie, le service de surveillance-entretien-réparation, responsable de la bonne santé du corps. C'est lui qui nous libère du souci de réparer coupures et contusions, d'humecter la surface de l'oeil, de combattre les escadrons de bactéries qui nous agressent tous les jours sans que nous le sachions.

Mais quand l'atteinte, blessure ou maladie, est grave, une mobilisation générale devient nécessaire. Norman Cousins en parle comme de la «grande orchestration de tous les systèmes organiques permettant aux humains de relever tout défi important». Étant donné que le système immunitaire et le système nerveux (y compris le cerveau, siège de nos pensées et émotions) échangent des informations, il est tentant de se demander jusqu'à quel degré de l'échelle du savoir conscient le «système de guérison» peut accéder. On a longtemps cru, par exemple, que les mécanismes de contrôle des fonctions inconscientes comme les battements du coeur ou la température étaient parfaitement autonomes. Mais le biofeedback et l'hypnose ont montré que ces fonctions habituellement inconscientes pouvaient être influencées intentionnellement dans des états modifiés de la conscience comme la méditation, la visualisation, la relaxation et la transe.

Nous en sommes arrivés à nous demander si, en cas de menace grave sur la santé, la psyché n'était pas convoquée dans la chambre des machines pour coordonner une intervention d'urgence. Cela expliquerait certains des phénomènes que nous avons observés au cours de notre enquête. Car il semble que seul l'axe corps-esprit-âme puisse expliquer comment des phénomènes aussi intangibles que la volonté de vivre parviennent à modifier de façon tangible le cours de la maladie. On pourrait dire que le «système de guérison» n'intervient pleinement qu'au cas d'incapacité de la physiologie à repousser une menace, quand l'ensemble de nos ressources humaines doit être mobilisé pour combattre un adversaire capable de nous détruire.

Pour dresser la carte du «système de guérison», nous nous sommes inspirés de la formule de Buckminster Fuller, l'inventeur du dôme géodésique: «Si tu veux comprendre quoi que ce soit, pars de l'Univers». Et plus nous élargissons notre angle de vue, plus le «système de guérison» nous semble appartenir à l'univers des stimuli, qui englobe jusqu'à la vie humaine, plus il nous semblait que ses contours n'avaient d'autres limites que celles de notre individualité.

Il suffit de considérer les cas dont nous avons parlé au chapitre précédent pour mesurer la complexité du système impliqué dans les guérisons remarquables. Tous ces gens ont bénéficié de liens affectifs forts, et la plupart ont été soignés, avec ou sans effet. Mais Daniel y a ajouté la psychothérapie, l'hypnose et une sorte de renaissance spirituelle; Rocky faisait des visualisations dix fois par jour; Ian Gawler a associé yoga, acupuncture, méditation, régime alimentaire et même l'intervention de guérisseurs philippins; Guo Ling a pratiqué le chi qong de façon intensive.

Leur histoire comme pratiquement tous les récits de guérisons remarquables, désigne une constellation de facteurs susceptibles d'avoir joué un rôle dans leur rétablissement. Et nous ne sommes pas les seuls chercheurs à nous en être avisés. Dans un article du psychologue Charles Weinstock daté de 1977, on trouve une variété de cas qui illustrent bien le caractère protéiforme du "système de guérison".

Des cas

1. Une tante à moi a été opérée pour un cancer au côlon il y a vingt ans. Comme il avait essaimé dans tous les organes de la cavité abdominale, on l'a refermée et renvoyée chez elle sans espoir de guérison. Mais cette femme de quarante ans (qui venait de perdre ses deux parents dont elle s'était beaucoup occupée) avait rencontré un homme juste avant de ressentir les premiers symptômes. Elle n'a jamais su qu'elle avait eu un cancer et s'est rapidement remise pendant les préparatifs de son mariage. Aujourd'hui, elle s'entend relativement bien avec son mari et se porte à merveille.

2. Le docteur Maurice Green suivit, en tant qu'interne, le traitement d'un médecin atteint d'un glioblastome multiforme. L'opération ne donna aucun résultat. Pourtant, au lieu d'augmenter, ses symptômes régressèrent. Et il put quitter l'hôpital complètement rétabli, affirmant seulement que son attitude face à la vie avait changé après son tête-à-tête avec la mort.

6. Un médecin sud-africain de quarante-cinq ans, censé succomber à un cancer du côlon généralisé, tenait fermement à son projet d'écrire un livre. Il se remit et vécut au moins dix ans.

9. Une femme de cinquante et un ans avait un cancer de la vessie. L'opération fut un échec. Par la suite, elle se convertit. Elle est en bonne santé depuis dix ans.

10. Un femme de cinquante-cinq ans ayant un cancer du côlon terminal n'avait plus, selon les médecins, que quinze jours à vivre. Elle était d'une maigreur squelettique. Un petit fils lui naquit. Elle reprit du poids et vécut quatorze mois sans aucun symptôme s'occupant beaucoup du bébé...

12. Une femme de cinquante-deux ans avait un cancer de l'utérus (provenant du col de l'utérus) qui s'était répandu dans l'intestin et paraissait mortel à très court terme. Mais le mari, qu'elle détestait profondément mourut. Aujourd'hui, dix-huit mois plus tard, elle se porte comme un charme.

(C.Weinstock,inAmerican Society of Psychosomatic, Dentistry ans Medicine Journal, 24, No 4, 1977).

La complexité de notre «guérisseur interne» ne connaît pas de bornes et ne respecte aucune limitation. La liste des phénomènes qui peuvent faire partie intégrante de ce système s'est allongée depuis le début de ce livre - des mécanismes purement biologiques comme la cicatrisation des blessures, l'immunité, la génétique et les neurotransmetteurs jusqu'aux données moins tangibles que sont les émotions, les convictions, les rêves et les symboles, l'hypnose, la dissociation, les affects, des forces comme l'amour, la visualisation, l'art, le biofeedback, la nutrition et même l'éventuelle intervention d'une "énergie" inconnue. L'étude des guérison remarquables nous amène inexorablement vers ce qu'on a pu appeler un "schéma de câblage".

Mais ce schéma n'est pas encore très clair. Prenons par exemple le cas d'un patient imaginaire malade du cancer, traité par les moyens conventionnels sans résultat; il essaie ensuite une approche alternative, il médite, il visualise et prie; il a des accès de fièvre inexpliqués; il vit une catharsis émotionnelle; il dispose d'un soutien affectif exceptionnel; son attitude dénote un fort «esprit combatif»; et il finit par guérir. Les explications ne vont pas tarder à affluer, aussi tranchées que contradictoires. Les cancérologues vont parler de l'effet inattendu et tardif de la chimio ou de la radiothérapie; les généticiens d'une prédestination due à un marqueur d'A.D.N. encore inconnu; le phytothérapeute de l'efficacité du trèfle rouge ou de la tisane de bourdaine. Les neuroendocrinologues penseront à des sécrétions d'endorphines; les immunologistes, à une mobilisation du F.N.T. (facteur de nécrose de la tumeur). Les téoriciens des états mentaux vont désigner l'hypnose spontanée ou l'effet placebo; les théologiens, une intervention spirituelle. Les psychanalystes et les spécialistes en sciences sociales invoqueront les effets salutaires du soutien affectif; les épidémiologistes, les hasards de la statistique.

La guérison remarquable n'est encore qu'un continent où se cotoient différentes tribus possédant à peine un langage commun. Les descriptions contradictoires qui en sont faites rappellent l'histoire des aveugles et de l'éléphant, chacun prenant la patte, la trompe ou la queue pour la réalité objective de l'animal. Mais, à l'exemple des physiologistes étudiant des systèmes aujourd'hui bien connus, il nous faut déduire l'existence de ce nouveau système en constatant ses manifestations, réunir autant d'informations que possible à son sujet et imaginer ses mécanismes à partir des caractéristiques des guérisons inexpliquées. Bien que ce travail reste essentiellement spéculatif, nous nous inspirerons de cette affirmation d'Einstein: «Pour élaborer une théorie, il faut encore y appliquer l'invention libre de l'esprit humain qui s'attaque au coeur du problème.»

Hirshberg, Caryle et Marc Ian Barasch,Guérisons remarquables, France Loisirs, pp. 295-301.

Après avoir travaillé pendant cinquante ans avec des milliers de patients, le docteur Spiegel a déterminé des critères qu'il utilise comme «guides pour prévoir comment la personne vit une expérience». Il a déterminé trois «types d'esprit» qu'il a nommés par référence à la mythologie grecque. L'esprit le moins sensible à l'hypnose, dit Apollinien (d'après le dieu grec de la Raison), est guidé par l'intelligence rationnelle plus que par la passion, ne dissocie pas facilement et concentre très finement son attention. Le type Odysséen (d'après Ulysse, d'Homère), «se promène d'une disposition à l'autre, dissocie modérément, réagit selon son coeur ou son esprit, cherche un équilibre entre sa stabilité intérieure et sa facilité d'adaptation aux changements.»

Le type dionysien (d'après le dieu grec Dionysios) a une «extrême propension à dissocier et de grandes capacités de concentration». C'est parmi les dionysiens que l'on trouve le plus de stress post-traumatiques et de personnalités multiples. Ils privilégient le sentiment par rapport à la logique, se montrent sensibles à toutes les nuances de l'environnement et extrêmement influençables. (IBIDEM, p. 196).

L'histoire de Peter Hettel est particulièrement riche en manifestations du «système de guérison» qui se trouvent étroitement liées, comme c'est souvent le cas, à l'ensemble de son vécu. Jusqu'à l'annonce de sa maladie, Peter a mené une vie assez chaotique. Selon le test AOD, il est dionysien, donc influençable, et il a effectivement subi l'influence de son entourage. Il s'est toujours senti tiraillé entre «le cerveau gauche et le cerveau droit, la logique et l'intuition, l'autorépression et la libération», comme il le dit lui-même. Fils de militaire, élevé avec sévérité, il a fréquenté un lycée privé, et son avenir était tout tracé: il devait faire une carrière dans l'armée. Mais il tomba amoureux d'une hippie et se trouva propulsé dans la mouvance psychédélique des années soixante. La rencontre lui avait donné des «éléments philosophiques» qui l'incitèrent à quitter le collège et à se laisser entraîner dans la grande vague de la contre-culture.

Mais il est à la fois déconcerté d'entendre ses nouveaux amis traiter les soldats d'«assassins d'enfants» et troublé d'avoir rejoint la Love génération tandis que son père au même âge sautait d'un DC-3 pour libérer la France. Peu de temps après, Peter est appelé sous les drapeaux et retrouve le «mode de pensée du cerveau gauche». Après son entraînement de base, il est affecté au service de l'espionnage militaire, Là, il s'agit de «s'infiltrer en pays étranger et de fouiner dans les archives locales». Il se sent «progressivement écrasé par la froide machine verte». Un jour, en permission, il se retrouve dans une communauté hippie de Virginie et en sort «complètement fichu comme soldat». Il s'arrange pour quitter l'armée «à deux doigts de la cour martiale.»

Il retourne en Virginie, où il vit trois années idylliques avant d'être «repris par son cerveau gauche» et de fonder sa propre entreprise d'ordinateurs pour exploiter un nouveau système opératoire. Il passe un an et demi, nous dit-il, «dans un bureau fermé avec une cigarette dans une main et une tasse de mauvais café dans l'autre, l'oeil rivé sur un tube cathodique douze heures par jour». Épuisé par son travail et inconscient de l'être, il finit par aller voir un médecin pour un sinus bouché depuis plusieurs mois. L'auscultation prouve qu'il a des polypes, et la biopsie démontre qu'ils sont cancéreux.

La masse cancéreuse est réduite par un traitement au laser mais se remet bientôt à grossir. Le seul traitement possible paraît tellement épouvantable - ablation du sinus et de l'hypophyse, radiothérapie avec le risque de devenir aveugle - que Peter ne veut pas en entendre parler. Sa maladie, dit-il, lui a fait l'effet «d'un mot d'excuse pour le lycée. Je me suis dit:"Bon! Le cancer va peut-être me tuer mais personne ne pourra me dire ce que je dois faire. Personne n'est de taille à discuter avec la fatalité. J'ai une excuse honorable pour me soustraire aux responsabilités que je me suis imposées. Alors à partir de maintenant, je gare ma voiture où je veux, quand je veux, parce que si je ne fais pas passer mes désirs au premier plan, je risque d'y laisser ma peau."»

Ayant décidé qu'en dernier ressort il pourrait toujours se laisser ouvrir le crâne, il retrouve l'esprit aventureux de l'époque où, avec quelques dollars en poche, il partait en autostop vers des régions inconnues, «en suivant mon intuition». Et c'est cette même intuition - sa vraie nature dionysienne - qui le guide à nouveau. Il adopte un régime alimentaire strict, avec jus de carotte à volonté. «Quand je vivais en communauté, je ne mangeais que des produits naturels. Il m'a paru logique de donner à mon corps une nourriture de bonne qualité sous sa forme la plus digeste.» Après beaucoup de recherches, il trouve une clinique de médecine naturelle qui lui convient, mais en Californie. Il décide d'y faire un séjour, tout en sachant que sa tumeur continue à grossir.

Mais, juste avant son départ, il reçoit une lettre étrange. Une femme qu'il connaît à peine a appris qu'il était malade et lui prodigue des conseils bien intentionnés mais agaçants. «Elle s'était mis dans la tête que je devais aller en Caroline du Sud me faire soigner par quelqu'un qui allait m'"équilibrer le cerveau". Ça m'a semblé complètement absurde, j'ai tenté de lui expliquer que j'avais d'autres projets, mais elle n'a rien voulu savoir.» Un beau jour, «on frappe à ma porte et elle était là. Elle avait fait tout le trajet en voiture pour venir me chercher.» Ne pouvant lutter contre une telle obstination, Peter cède et part avec elle. Le lendemain, il rencontre une thérapeute spécialiste de la «programmation neurolinguistique». Elle le fait asseoir et lui demande simplement ce qu'elle peut faire pour lui. «Ça m'a tué. C'était la première fois que quelqu'un me demandait ce dont je pensais avoir besoin.» Et, à sa grande surprise, il se met à exprimer «des torrents d'émotion, un mélange d'autojustification - "J'ai toujours été un bon garçon" - et d'interrogations existentielles - "Pourquoi moi?"».

Patiente et douce, la thérapeute lui demande s'il s'aime. «Et j'ai entendu cette toute petite voix sortir de ma bouche et dire: "Non".» Peter s'effondre à nouveau. À la séance suivante, la thérapeute lui apprend différentes techniques de «réorientation neurologique» pour coordonner les deux côtés de son corps, des exercices oculaires destinés à «corriger» la supériorité d'un hémisphère cérébral sur l'autre. Et Peter, à quatre pattes devant la thérapeute qui observe ses mouvements oculaires, se trouve soudain projeté dans le passé.

Sur ses conseils, il va répéter: «Je m'aime totalement quoi qu'il arrive; je suis une partie indispensable de la création, valorisée, honorée, aimée.» Et c'est le début d'un incroyable voyage vers la santé. Il adopte un régime strictement végétarien, avale des vitamines par poignées, pratique le yoga et le zen avec un professeur qui habite juste au-dessus de la chambre qu'il a louée.

Il invente aussi sa propre imagerie: «J'imaginais mes leucocytes comme une troupe de petits lapins blancs dévorant joyeusement les carottes de mes cellules cancéreuses. Et plus ils mangeaient, plus leurs besoins sexuels augmentaient, plus ils se reproduisaient, plus ils étaient nombreux à vouloir grignoter mon cancer.» Jusqu'au jour où «je n'ai pas trouvé assez de carottes pour nourrir tous les lapins. J'étais inquiet pour eux». Une semaine plus tard, il commence à éprouver «une sensation de chaleur et de pression dans la tête. J'ai compris qu'il se passait quelque chose et j'ai eu peur que ce soit une nouvelle poussée de ma tumeur.» Pris de panique, il se rend à l'hôpital, mais, quand on lui répète que ses chances de survie sont infimes, même avec l'ensemble des traitements disponibles, il préfère s'en aller. «L'un des médecins m'a dit que c'était signer mon arrêt de mort, mais j'ai compris que je devais vivre, ou mourir, selon mes envies.»

Peu de temps après, Peter fait un rêve: «J'étais dans une grotte avec d'énormes stalactites roses pendant du plafond. Le sol, rose lui aussi, était souple et spongieux. Et puis il y a eu un tremblement de terre et j'ai dû courir pour ne pas être écrasé par les stalactites qui dégringolaient tout autour de moi. Finalement, j'ai réussi à sortir de cette caverne de chair.»

Quelques jours plus tard, il a eu une conversation téléphonique bouleversante avec son père. «Mon père était un militaire pur et dur et fier de l'être. Et voilà que pour la première fois je lui ai dit exactement ce que je ressentais. Il m'a raccroché au nez. Je n'ai plus jamais parlé avec lui parce qu'il est mort deux mois plus tard.»

Une semaine après cette mise au point, Peter est en train de faire du yoga quand brusquement son nez se met «à pisser le sang». «Je me suis précipité vers la salle de bains, hoquetant et reniflant sans réussir à arrêter l'hémorragie et puis j'ai commencé à cracher dans le lavabo des trucs qui ressemblaient à des morceaux de gomme rose.» Explorant son palais du bout de la langue, il constate qu'au lieu du renflement habituel il y a un grand trou. «Alors j'ai commencé à cracher avec une ferveur religieuse, à cracher toute ma tumeur!

«Je suis retourné voir le même médecin, qui n'en revenait pas. Il m'a passé un endoscope dans les sinus et il a dit: "Merde, y a plus rien." Il avait bien vu mes tumeurs à l'échographie et il les avait touchées.» L'oto-rhino qui s'est occupé de Peter, Patrick Browder, nous a confirmé son histoire.

«C'est comme si son organisme avait éliminé un corps étranger, comme un rejet de greffe. Je ne peux donner aucune explication, sinon qu'il semble avoir radicalement changé ses habitudes et adopté une attitude responsable au lieu de démissionner. Il s'est mis à faire ce qu'il désirait profondément faire.»

L'histoire de Peter contient plusieurs éléments familiers dans la liste des facteurs qui mériteraient le nom de «modificateur de réponse biologique», au même titre que F.N.T. (facteur de nécrose de la tumeur). Mais combien de ces facteurs doivent-ils converger pour qu'on puisse établir une corrélation signifiante avec la guérison?

Dans le cas de Peter, ils sont assez nombreux: exercice physique pour réconcilier corps et esprit (yoga; visualisations personnalisées (lapins-carottes); relations chaleureuses avec une thérapeute sincère et un médecin sympathique; soutien social; catharsis émotionelle (crises de larmes, dispute avec le père); changement de vie («personne ne va me dire quoi faire», «faire passer mes désirs au premier plan»); régime alimentaire sain; expériences fortes (souvenir d'une joie d'enfant); diagnostic alternatif impliquant une thérapie alternative (équilibrage des hémisphères gauche et droit); convictions revendiquées (je suis une partie indispensable de la création); réaffirmation d'une partie authentique de soi-même (le «mode intuitif» de sa jeunesse).

L'ensemble de tous ces facteurs forme d'ailleurs un bel exemple de congruence, d'harmonisation entre le moi intérieur et les circonstances extérieures. On comprend que, quand son médecin lui a parlé de «rémission spontanée», Peter ait réagi violemment: «Des clous, oui! Je me suis cassé le cul pour y arriver.»

IBIDEM, pp. 302-307.

(D'autres cas de guérisons analogues...)

Médecins, guérisseurs, patients découvrent tous instinctivement comment stimuler le «système de guérison», bien que le concept lui-même appartienne aujourd'hui encore au domaine du possible, du probable. Il faudrait d'ailleurs lui trouver un nom. Un théoricien des sciences a proposé le mot «cyberphysiologie», qu'il définit comme «l'étude de la façon dont les réflexes réactifs ou réactions du système nerveux peuvent être modifiés par un processus d'apprentissage qui semble s'articuler autour de la production d'images ou de figures cognitives».

Mais aucune terminologie ne peut valablement rendre compte de la réalité de ce système. Son mode d'action serait structuré de façon hiérarchique, les plus hauts niveaux ordonnant aux niveaux inférieurs d'effectuer des tâches spécifiques comme évacuer les substances indésirables ou nettoyer les tissus. Au-delà commence un territoire vierge, inconnu des explorateurs, navigateurs et chroniqueurs. Il s'agit d'un «métasystème» capable de répondre aux signaux, aux suggestions et au guidage émanant des composantes biomentales, émotionnelles et spirituelles de chaque individu. On découvrira peut-être qu'il s'agit d'une interface (possédant autant de facettes qu'un Rubik's Cube) entre les domaines de l'esprit et de la matière, obéissant à des règles uniques n'appartenant ni à l'un ni à l'autre.

Pour comprendre le «système de guérison», il faut le considérer à tous ses niveaux. En un sens, c'est un système de distribution d'informations. C'est aussi, au plan immunologique, un détecteur capable de reconnaître le «soi» du «non-soi» (le système immunitaire ressemble étonnamment au psychisme par sa façon de «penser», d'apprendre, de mémoriser et de reconnaître des structures). Et, plus profondément encore, c'est peut-être notre substance essentielle, notre être même, s'exprimant à travers un flot d'informations hormonales. N'a-t-on pas trouvé les mêmes peptides à l'oeuvre dans l'intestin et dans le cerveau?

Mais il est d'autres formes d'informations - mythes, symboles, foi - qui interagissent avec les informations physiologiques. La question à laquelle nous brûlons de répondre est: quels sont exactement les liens entre ces deux niveaux d'information à l'intérieur d'une même personne?

Connaissez-vous l'histoire de cet homme un peu simple qui tous les jours vient travailler en apportant son repas de midi et une bouteille Thermos? Un jour, n'y tenant plus, il dit à son collègue d'un air émerveillé`:

«C'est incroyable! Chaque fois qu'il fait chaud, j'ouvre ma Thermos et elle contient de la limonade avec des glaçons. Quand il fait froid, j'y trouve un chocolat bien chaud!

- Et alors? demande l'autre pas vraiment impressionné.

- Ben... Comment est-ce qu'il le sait?»

Comment? Effectivement, la question nous renvoie aux spéculations du docteur Lewis Thomas sur l'identité de «l'ingénieur spécialisé, contremaître, chef de l'exécutif, patron... propriétaire... qui supervise ce genre d'opération». Le docteur Walter Cannon, qui, dans les années trente, découvrit les fonctions du système nerveux central, fut incapable d'expliquer comment elles étaient réalisées. Peut-être, avança-t-il, le système nerveux central est-il lui-même soumis à un mécanisme régulateur «que nous appelons chez l'homme la personnalité». Plus récemment, Candace Pert a proposé cette hypothèse: «Ce que nous appelons l'esprit est peut-être le flot d'informations qui parcourt toutes les parties du corps et en structure l'ensemble.»

Plus nous y regardons de près, plus le «système de guérison» nous semble déroutant. Même en supposant que nous puissions observer une personne depuis le début de sa maladie jusqu'à sa guérison remarquable, en étudiant chaque tour et détour de la biologie, nous nous trouverions devant un univers d'événements simultanés, une sorte d'anneau de Moebius courant indéfiniment de l'esprit au corps et du corps à l'esprit. «Ils sont en boucle», disait Hippocrate avant que cette conception des rapports corps-esprit soit bannie de la vision scientifique pour être redécouverte, par nécessité. Si nous voulons trouver un langage adapté à cette nouvelle notion unitaire, il nous faut remonter jusqu'aux anciens Grecs pour qui le corps vivant impliquait une pluralité, une conscience incarnée comportant: «des parties corporelles ou organes (coeur, poumons, diaphragme, poitrine, entrailles); des souffles, vapeurs ou liquides; des sentiments, impulsions et désirs; des pensées, opérations secrètes de l'intellect et actions de saisir, de reconnaître, de renommer et de comprendre.

Il est même possible que le «système de guérison» ne soit pas seulement en nous mais qu'il soit nous - une tension vers la plénitude, ancrée dans notre nature essentielle, un profond désir d'harmonie. Découvrir et entretenir ce système inconnu, n'est pas seulement un objectif de la recherche scientifique, c'est aussi l'occasion pour chacun d'entre nous de développer pleinement toutes ses capacités. Si nous devons un jour pratiquer une médecine qui intègre la mystérieuse complexité du «système de guérison», c'est bien dans la glorieuse complexité et l'infini potentiel de chaque être humain qu'elle devra trouver ses fondements.

IBIDEM, pp. 332-335.

La cellule intelligente

Bien que le concept corps-esprit soit devenu très confus, une choses reste indiscutable: les cellules humaines sont parvenues d'une manière ou d'une autre à un stade d'intelligence remarquable. À tout instant, les activités qui sont coordonnées dans l'organisme atteignent un nombre infini. Comme les écosystèmes de la Terre, la physiologie semble fonctionner dans des sphères séparées qui sont en fait reliées par un fil invisible: nous mangeons, respirons, parlons, pensons, digérons, combattons les infections, purifions le sang de toutes ses toxines, renouvelons les cellules, rejetons les déchets, votons - la liste n'est pas exhaustive, Chacune de ces activités tisse sa voie dans le processus de fabrication de l'ensemble. (Notre écologie est bien plus végétale que la plupart des gens ne le pensent. Des créatures pullulent à la surface de notre corps, aussi peu soucieuses de notre démesure que nous le sommes de leur infinie petitesse. Des colonies de mites, par exemple, passent leur vie entière sur nos cils.)

Dans le vaste agencement de l'organisme, les fonctions de chaque cellule - par exemple de l'un des quinze milliards de neurones du cerveau - remplissent tout un ouvrage de médecine. Les volumes consacrés à n'importe quel système de l'organisme, comme le système nerveux ou le système immunitaire, remplissent plusieurs étagères d'une bibliothèque médicale.

Le mécanisme de guérison se trouve quelque part à l'intérieur de cette vaste complexité mais l'endroit reste vague.Il n'existe aucun organe spécifique de guérison. Dans ces conditions, comment l'organisme sait-il ce qu'il doit faire en cas de défaillance? La médecine n'offre aucune réponse. Tous les processus impliqués dans la cicatrisation d'une coupure superficielle - la coagulation du sang par exemple - sont incroyablement complexes, plus encore si le mécanisme faillit, comme c'est le cas pour les hémophiles, et la médecine scientifique moderne est alors incapable de reproduire la fonction endommagée. Un médecin peut prescrire des médicaments qui remplacent le facteur de coagulation absent dans le sang, mais l'effet est temporaire, artificiel, et entraînera de nombreux effets secondaires indésirables. L'organisation méthodique et la merveilleuse coordination des divers processus déclenchés par le corps n'auront pas été respectés. À titre de comparaison, un médicament préparé par l'homme est un étranger sur une Terre où tous les autres occupants appartiennent à une même famille. Il lui est impossible de partager le savoir dont les autres disposent de manière innée.

Le corps, nous devons l'admettre, a un esprit qui lui est propre. Dès lors que nous aurons accepté ce mystère qui caractérise notre nature fondamentale, l'aspect miraculeux du processus de guérison du cancer disparaîtra. Tout organisme sait comment cicatriser une coupure mais apparemment, seuls quelques privilégiés possèdent un organisme sachant comment guérir le cancer.

Dr Deepak Chopra, La guérison ou Quantum Healing, Stanké, parcours, 1990, pp.49-51.

La mécanique quantique du corps humain

Quatre-vingt-dix ans après l'émergence de la physique quantique, ses principes restent toujours aussi énigmatiques pour beaucoup. Cependant, si l'on perçoit l'importance de la découverte des neuropeptides, la compréhension du quantum est alors proche. Cette découverte est capitale car elle démontre que le corps est assez fluide pour s'harmoniser avec l'esprit. Grâce à des molécules messagères, des événements paraissant totalement étrangers l'un à l'autre - une pensée et une réaction physique par exemple - deviennent cohérents. Le neuropeptide n'est pas une pensée mais il évolue avec elle, jouant le rôle de point de transformation. Le quantum agit de même, si ce n'est que le corps en question est alors l'Univers ou la nature dans son ensemble.

Il est nécessaire d'étudier le quantum pour comprendre réellement comment l'esprit fonctionne autour du point-pivot d'une molécule. Un neuropeptide naît au contact d'une pensée, mais d'où surgit-il? La peur et l'agent neurochimique qui la matérialise sont d'une certaine manière mis en relation par un processus caché, qui donne lieu à la transformation de la non-matière en matière.

La même chose se produit partout dans la nature, à la seule différence que nous ne lui donnons par le nom de pensée. Lorsqu'on se place au niveau de l'atome, on n'évolue pas dans un monde d'objets solides qui se déplacent, tels des danseurs dans un ballet bien orchestré. Les particules subatomiques sont séparées par des vides immenses, qui font de l'atome un espace vide à 99.999%. C'est vrai pour les atomes d'hydrogène dans l'air, pour les atomes de carbone dans le bois dont sont faites les tables, de même que pour les atomes «solides» de nos cellules. Ainsi, tout solide, y compris le corps humain, est, toutes proportions gardées, aussi vide que l'espace intergalactique.

Comment se peut-il que d'aussi vastes étendues de vide, parsemées de loin en loin d'atomes de matière, se transforment en corps humain? Il est nécessaire, pour répondre à cette question, d'adopter une perspective quantique. En comprenant la notion de quantum, nous entrons dans une réalité plus vaste, qui s'étend des quarks aux galaxies. Dans le même temps, le comportement de la réalité quantique se révèle tout à fait familier car une ligne des plus ténues sépare le corps humain du corps cosmique.

Dans son projet monumental de faire obéir l'ensemble de la physique à quelques lois rationnelles et cohérentes, Isaac Newton a expliqué les phénomènes naturels en termes de corps solides, déplacements rectilignes et constantes fixes, régissant tout phénomène physique. On peut comparer ce modèle de la nature à une partie complexe de billard où Newton serait le maître du jeu. Puisque matière et énergie étaient ainsi maintenues à l'intérieur de règles précises, il n'y avait pas lieu d'élaborer des théories sur un monde caché; toute chose se produisait en surface. Nous pouvons exprimer ce concept par un simple diagramme:

Ici, A représente la cause et B l'effet. Une ligne droite les relie, qui signifie que cause et effet sont logiquement liés dans le monde qui nous est familier, celui des sens. Si A et B représentent des boules de billard, on peut prévoir que A heurtera B. Cependant, si A représente une pensée et B un neuropeptide, ce diagramme n'est plus applicable. Il ne peut y avoir de liaison directe entre une pensée immatérielle et un objet matériel, même aussi infime que le neuropeptide. Dans un tel cas, il faut dessiner un diagramme comportant un détour en forme de U:

Cette forme en U montre qu'un processus doit se produire ailleurs qu'au-dessus de la ligne décrite par Newton, dans son monde rationnel et rectiligne. Une transformation cachée survient, qui change la pensée en molécule. Elle ne se produit ni dans un lieu précis ni à un moment précis. Elle est provoquée par la seule présence d'une impulsion venue du système nerveux. Lorsque vous pensez au mot «rose», une multitude de cellules cérébrales (personne ne peut dire combien, disons un million, bien que ce nombre soit certainement ridiculement petit) doivent se déclencher; cependant, ces cellules ne communiquent pas entre elles en transmettant un message de A à B puis C, et ainsi de suite jusqu'à la millionnième cellule. La pensée se contente de jaillir, soudain localisée dans le temps et l'espace, provoquant la transformation synchronisée des cellules cérébrales. La parfaite coordination entre la pensée-événement et la fabrication, par ce million de cellules, de neuro-transmetteurs, a dû obligatoirement s'opérer au-dessous de la ligne.

Cette zone au-dessous de la ligne ne se situe ni dans le temps ni dans l'espace; elle se trouve là où les pensées de transforment en molécules. On pourrait également se la représenter comme une salle de contrôle qui coordonnerait toute impulsion mentale avec le corps. À tout moment, les quelque quinze milliards de neurones du système nerveux sont coordonnés avec une parfaite précision d'un point situé au-dessous de la ligne.

C'est le même passage des lignes droites aux courbes en U qui a eu lieu lorsque la physique quantique est née. Bien qu'on ait d'abord pensé que tout dans la nature se produisait en surface, selon la théorie classique de Newton - de toute évidence, les physiciens ignorent volontairement les phénomènes mentaux - certains faits ne peuvent s'expliquer sans ce détour. La lumière en est le meilleur exemple. Elle peut se comporter comme un onde A ou une particule B qui, d'après les lois de Newton, sont tout à fait dissemblables, puisque l'onde est immatérielle et la particule concrète. Cependant, la lumière peut agir sous une forme ou l'autre, selon les circonstances et, de ce fait, il faut bien qu'elle soit passée par un détour sous la ligne:

Il est aisé de matérialiser la lumière en tant qu'onde ou vibration. Par le biais d'un prisme, la lumière blanche revêt les couleurs de l'arc-en-ciel;

la raison en est qu'elle est composée d'ondes lumineuses de différentes couleurs qui apparaissent lorsqu'on les sépare sous forme de spectre. La lumière d'une ampoule possède son propre spectre de longueurs d'ondes, généré lors du passage du courant électrique dans son filament de tungstène. Mais si l'on réduit au maximum l'intensité jusqu'à obtenir le filet de lumière le plus ténu qui soit, la lumière se manifeste alors, non plus comme une onde, mais comme une particule. (Aucun rhéostat ne peut y parvenir mais les physiciens ont réussi à émettre de la lumière de telle sorte qu'elle révèle son «grain». La nature a également pourvu nos yeux de la faculté de réagir physiquement à la lumière à un niveau quantique - si un seul photon atteint la rétine, un éclair est transmis le long du nerf optique. Notre cerveau, cependant, ne traite pas d'éclairs isolés.)

Le mot quantum - du latin «combien?» - décrit l'unité la plus infime qui puisse être assimilée à une particule. Un photon est un quantum de lumière car il ne peut être divisé en de plus infimes particules... Ce quantum est une particule très curieuse car elle n'a pas de masse, mais pour ce qui nous concerne, l'important est qu'il faille un «détour sous la ligne» pour qu'une onde lumineuse devienne un photon. La transformation s'opère dans un domaine inconnu, dont ne rendent pas compte les lois de Newton.

Mais mon propos n'étant pas ici d'expliquer la physique, j'arrêterai là ces considérations techniques. Il suffit de savoir qu'après, lorsque Einstein, Max Planck et d'autres pionniers ont réussi à démontrer, au début du siècle, la nature quantique de la lumière, de bien curieuses conclusions en ont résulté.

Des phénomènes qui nous paraissaient évidents dans le monde des sens ont dû se plier à d'étranges distorsions du temps et de l'espace mais s'y sont pliées. Comme le neuropeptide, le quantum donnait à la nature assez de souplesse pour permettre la transformation inexplicable de la non-matière en matière, du temps en espace, de la masse en énergie.

Voici le schéma de base de tout phénomène quantique: il montre bien le détour qui doit nécessairement se faire hors du champ des phénomènes ordinaires:

Comme la pensée et le neuropeptide, la lumière ne peut être à la fois photon et onde; elle est soit l'un soit l'autre. Cependant, il est évident que lorsque l'on réduit son intensité lumineuse, une ampoule au tungstène n'entre pas pour autant dans un autre monde. En fait, la nature édicte ses lois de telle sorte que la lumière puisse être A ou B, ces deux composantes restant à l'intérieur des bornes d'une même réalité, grâce à la présence d'un point de transformation. (On pense généralement qu'Einstein a balayé les théories de Newton; en fait, il les a préservées en élargissant leurs concepts.)

Selon le principe quantique, on peut avoir une représentation étonnamment claire du corps et de l'esprit, en utilisant un seul diagramme:

Le corps et l'esprit sont tous deux au-dessus de la ligne. A représente un phénomène mental ou une pensée; les autres lettres représentent des processus physiques dérivés de A. Si vous êtes effrayé (A), les autres lettres (B,C,D...) sont des signaux envoyés aux glandes surrénales: production d'adrénaline, battement de coeur, tension élevée, etc. Les changements physiques qui surviennent dans le corps sont tous reliés par une chaîne logique de causes à effets, à l'exception de l'espace situé juste après A. C'est le point où la transformation de la pensée en matière se produit d'abord - et elle doit se produire car tous les autres phénomènes en dépendent. Il faut qu'il y ait un détour quelque part sur la ligne. En ce point, la trajectoire rectiligne se brise, car l'esprit ne peut rencontrer la matière en surface...

Le terme «nulle part» convient assez bien ici, car on ne peut subdiviser le corps pour atteindre le point précis où la pensée se transforme en molécule, pas plus qu'on ne peut trouver le lieu où les photons se transforment en ondes lumineuses. Ce qui se passe exactement dans la zone que nous avons répérée par le point d'interrogation n'a pu être élucidé ni par la physique ni par la médecine. Des guérisons miraculeuses semblent être des plongeons dans la «zone ?», car la coopération de l'esprit avec la matière fait alors un saut quantique inexplicable; toutefois, on peut imaginer d'autres drames du corps-esprit qui se jouent d'aussi mystérieuse façon (cas d'un malade qui craint une insuffisance cardiaque, mais qui, examiné par un médecin, révèle un état normal du coeur, mais qui, après une série de crises senblables, meurt réellement d'un infarctus)... Même si nous admettons, suivant ce principe corps-esprit, qu'une pensée a provoqué la crise cardiaque, comment cette pensée a-t-elle pu parvenir à ses fins? (IBIDEM pp. 111-118).

L'intelligence de l'ADN

... Les biologistes se rendent compte que si les protéines régissent les rythmes de la cellule, quelque chose doit alors régir ces protéines. Qu'est-ce? L'un des chemins mène à une explication matérialiste. Naturellement, c'est la voie que préfère la science. Certains biologistes croient que les substances chimiques traversent la membrane cellulaire à une certaine vitesse, ce qui constitue notre étalon de temps, notre horloge moléculaire. D'autres disent que l'horloge est en réalité un code chimique imprimé sur l'ADN, qui se lit en séquence, de la conception jusqu'à la mort. Aucune de ces explications n'a été étudiée en détail de manière satisfaisante. Si les rishis ont raison, elles ne le seront jamais - aucune réponse n'existe au niveau des molécules seules.

Il nous semble évident maintenant que les rishis prendraient un chemin différent. Ils diraient que notre horloge intérieure est l'intelligence. Le gène per (pour permanentN.D.E.) n'est qu'un composant mécanique, un fil électrique ou une ampoule dans la radio de l'ADN. Le temps s'exprime à travers lui, tout comme une émotion s'exprime par le P align="justify">Le «système de guérison», tel que nous le concevons, possède troisbiais d'un neuropeptide. Le temps «chevauche» une molécule, et une fois encore, nous ne devons pas prendre le cavalier pour le cheval. Le temps, l'espace, le mouvement, les textures, les odeurs, les visions et tous les autres signaux proviennent de l'intelligence silencieuse. C'est là que nous vivons réellement, et le miracle de l'ADN vient de ce qu'il peut transformer autant de messages totalement abstraits en la vie elle-même.

Si nous marchons à travers bois, par une chaude journée d'automne, sentant sous nos pieds les feuilles mortes, humant la terre humide et contemplant la lumière d'octobre qui joue dans les branches, nous ressentons le monde à travers notre ADN. Il sélectionne très précisément ce qui compose notre environnement. Nous ne sentons pas les gaz d'argon et de xénon dans l'air. Nous ne voyons pas les rayons ultraviolets du Soleil. Nous pouvons piétiner les feuilles mais nous ne pouvons pas traverser les arbres. La texture de la mousse est perçue par notre esprit comme une plaque de duvet; nous ignorons la présence dans chaque cm³ d'air, du pollen, des champignons, des bactéries, des virus et d'autres micro-organismes. C'est notre nature qui fait que nous ne focalisons que sur certains des éléments qui nous entourent. Ces feuilles, ces arbres, ces odeurs et cette lumière sont pour ainsi dire humanisés.

Si nos sens étaient assez subtils, nous pourrions même aller plus loin et nous rendre compte que nous sommes la forêt. Elle ne nous envoie pas de signaux du «dehors», mais nous mêlons notre propre signal au siens. Aucun de nos organes sensoriels n'est séparé du continuum de la nature. Sans la lumière, notre oeil est un récepteur de lumière spécialisé, l'oeil s'atrophierait aussi sûrement que celui d'un poisson aveugle; si notre système optique changeait - par exemple, si chaque oeil pivotait indépendamment, comme ceux d'un caméléon - chaque objet occuperait une place complètement différente dans l'espace. Cela serait notre expérience, et rien dans le monde relatif n'existe en dehors de notre expérience. (...)

Grâce à l'ADN, les vibrations de lumière deviennent des yeux et les sons des oreilles. Le temps devient un chant d'amour chez les drosophiles et la marche de l'histoire chez l'homme. Il donne aux chauves-souris leur sonar et aux serpents leur sensibilité à la lumère infra-rouge. Dans tous les cas, cependant, l'ADN n'est que l'instrument. Nul ne pourra jamais découvrir le secret de l'espace-temps en étudiant l'ADN, ou tout autre élément matériel. Une telle tentative est aussi vaine que de démonter une radio pour trouver d'où vient la musique. les rishis ont trouvé la musique - c'est la félicité.

La félicité est la vibration que l'intelligence envoie dans l'Univers. En fait, nous pouvons représenter notre existence sous la forme d'un seul diagramme qui concentre l'esprit, le corps, l'ADN et la félicité en un seul tout indivisible.

ADN

Nous pourrions appeler ce dessin le cercle de la vie. Nous y voyons que la félicité est un signal continu, une boucle qui relie l'esprit, le corps et l'ADN dans une conversation qui dure toute la vie. Les trois participants partagent le même savoir - ce que l'esprit sait, le corps et l'ADN le savent aussi. Nos expériences se répercutent à ces trois niveaux. Nous ne pouvons être heureux ou tristes, malades ou bien portants, éveillés ou endormis, sans envoyer le message à tout notre espace intérieur.

Même si l'on ne croit pas possible de «parler» à l'ADN (une idée toute faite qui vient de ce que l'on réduit l'ADN à un simple schéma directeur matériel), on lui parle en permanence. Les substances chimiques fugaces qui se précipitent dès qu'une pensée est formulée, les récepteurs fixés à la paroi cellulaire qui attendent leur message, ainsi que tous les autres atomes de vie, sont fabriqués par l'ADN. (Je m'aperçois que je fais un raccourci mensonger. L'ADN ne fabrique directement que le matériel génétique mais, en utilisant son jumeau actif, l'ARN, il donne naissance à toutes les protéines, les cellules de tous les tissus.) La pensée se produit au niveau de L'ADN, car sans la cellule cérébrale qui envoie un neuropeptide ou un autre messager, il ne peut y avoir de pensée.

La technique ayur-védique du son primordial se fonde directement sur ce principe. J'ai dessiné la félicité à l'aide d'une ligne courbe pour représenter un signal constant, ininterrompu. Cependant, il peut y avoir des cassures dans le cercle. Celles-ci se produisent lorsque l'ADN, l'esprit et le corps ne sont pas parfaitement synchronisés. L'Ayur-Véda dirait que de nombreuses maladies commencent là où se produit une telle cassure - la félicité glisse hors de son sillon, pour ainsi dire, en déséquilibrant l'intelligence de la cellule. Pour réparer la cassure, un signal particulier doit venir combler la brèche - un son primordial. De cette manière, une vibration est utilisée pour guérir une vibration.

Traiter la maladie à l'aide d'un son mental est tout à fait inhabituel, je le sais. Pour comprendre cette nouvelle approche, il nous faut replacer la félicité dans la perspective quantique. Dans les années soixante-dix, les physiciens du monde entier avaient tant travaillé à la division des atomes que l'on se retrouvait avec des centaines d'«hadrons». Ces particules subatomiques, nombreuses et variées, ne pouvaient en aucun cas être considérées comme des particules élémentaires. L'Univers ne disposait-il pas d'éléments de construction plus simples? On émit une nouvelle théorie selon laquelle toutes ces particules étaient des variations, non pas sur une particule plus petite mais sur une onde sous-jacente.

Cette forme ondulatoire fut surnommée «super-corde» car elle se comporte exactement comme une corde de violon. La théorie des super-cordes stipule que des milliards de milliards de cordes invisibles peuplent l'Univers et que leurs différentes fréquences donnent naissance à toutes les formes de matière et d'énergie. Certaines vibrations se transforment également en temps et en espace - le préfixe super indique que ces cordes résident en fait au-delà de notre réalité, limitée à quatre dimensions. Personne ne pourra jamais les voir, quelle que soit la puissance des instruments utilisés. (...)

Pour clarifier la notion de super-corde, le physicien Michio Kaku fait une analogie avec la musique; un violon serait enfermé dans une boîte, hors de notre vue. Les cordes du violon, en vibrant, produiraient des accords, des successions de notes et des timbres différents. Une personne qui n'aurait jamais entendu de musique trouverait ces sons tous différents les uns des autres - la note «do» pourrait être un atome d'hydrogène et le «si bémol» un photon. Ce n'est qu'en ouvrant la boîte et en voyant qu'en fait, tous les sons proviennent d'un même violon, que l'on serait convaincu de leur source unifiée.

De la même manière, le champ fondamental de la nature est en vibration constante et produit des variations sur les mêmes «notes». Or nos sens sont faits de telle manière qu'ils transforment cette similitude en différences. Nous percevons le fer comme une note solide, l'hydrogène comme une note gazeuse, la gravité comme une note pesante, etc. Ce n'est qu'une fois les super-cordes mises en évidence que l'unité sous-jacente deviendrait manifeste. Les super-cordes sont mises à jour, non pas en ouvrant la «boîte», mais en utilisant des formules mathématiques et montrent que toutes les formes de matière et d'énergie satisfont au modèle de super-corde. En conséquence, la physique quantique possède maintenant son premier candidat valable pour la théorie d'un champ unifié, justifiant la foi qu'éprouvait Einstein en l'ordre du cosmos.

D'une manière assez surprenante, les rishis védiques perçurent également que le cosmos était peuplé de cordes. Ces cordes étaient appelées sutras, nom qui a donné naissance au mot suture, utilisé par les chirurgiens. En sanskrit, sutra signifie agrafe (ou suture), mais aussi fil ou encore expression verbale. Si un sutra est un fil, l'Univers tout entier est, dans ce cas, tissé comme une gaze légère par les fils de l'intelligence qui se comptent par milliards. Comme les notes jouées sur le violon invisible, le niveau fondamental de l'Univers tout entier, selon les rishis védiques, est fait de sons. Du fait qu'ils s'élèvent avant toute autre chose, ils sont primordiaux, d'où le terme son primordial.

Il faut plus qu'un son pour fabriquer l'Univers. Cependant, les rishis disposaient au départ d'un seul son, une vibration appelée Om, qui apparut à l'époque de ce que nous appellerions le Big Bang. Om est une syllabe sans signification - elle correspond simplement à la première onde qui brisa le silence cosmique. En se divisant en de nombreuses ondes plus petites. Om se décomposa en diverses sous-fréquences qui constituèrent la matière et l'énergie de notre Univers.

Si cette image trouve en nous un écho, il n'est pas plus surprenant que les étoiles, les galaxies et les êtres humains puissent être créés à partir d'Om plutôt que d'une super-corde. Tous deux sont abstraits. En revenant au violon caché, Kaku a écrit: «Les notes créées par la corde en vibration, telles que le «do» ou le «si bémol», ne sont pas plus fondamentales en elles-mêmes que n'importe quelle autre note. ce qui est fondamental, cependant, c'est le fait qu'un seul concept, la vibration des cordes, puisse expliquer les lois de l'harmonie» ou, dans le cas de l'Univers, les lois de la nature.

Om peut être représenté par une ligne droite, atteignant l'infini, comme la plus «super» des supercordes. Ce n'est pas par hasard si la syllabe Om ressemble au mot anglais «hum» (bourdonnement); quand les rihis captèrent le son de l'Univers, ils le perçurent réellement comme un bourdonnement cosmique. Si nous avions atteint l'illumination, nous serions capables d'entendre la vibration qui est notre propre signature; par exemple, nous pourrions «entendre» notre ADN sous forme de fréquence vibrant dans notre conscience. De la même manière chaque neuropeptide naîtrait d'un son, comme le ferait toute autre substance chimique.

Commençant avec l'ADN, le corps tout entier se déplie sur de nombreux niveaux et, à chacun de ces niveaux, le sutra, ou séquence de son, vient en premier. Ainsi, intégrer de nouveau un son primordial dans le corps revient à lui rappeler sur quelle fréquence il devrait se trouver. Sur cette base, l'Ayur-Véda ne traite pas le corps comme un bloc de matière mais comme une trame de sutras. (IBIDEM, pp. 264-270).

N.B. Il serait intéressant de mettre en parallèle le texte précédent et l'enseignement de Seth au sujet des unités électromagnétiques qui construisent l'Univers. Voir L'Univers, création psychique.