MARCEL MERCIER

 

 

La vie étrange des médiums

 

 

 

 

 

À Paulette, mon épouse,

qui fut pour moi un exemple

vivant de la médiumnité

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Copyright ©Marcel Mercier  2005

 

TABLE  DES  MATIÈRES

 

Préface                                                                                        page 4

Introduction                                                                                page 6

 Chapitre un : Histoire de la médiumnité                                        page 10

Chapitre deux : La transe hypnotique                                            page 19

Chapitre trois : Les manifestations médiumniques                          page 28

Chapitre quatre : Le phénomène de la médiumnité                          page 38

Chapitre cinq : Matthew Manning :

un médium polyvalent                                     page 46

Chapitre six : Un poltergeist bien québécois                                 page 56

Chapitre sept : Clairvoyante et guérisseuse                                    page 60

Chapitre huit : Un médium très occupé                                         page 69

Chapitre neuf : Confidences de clairvoyants contemporains           page 77

Chapitre dix : La science et les médiums                                       page 86       

Chapitre onze : Les juges et les médiums                                      page 90  

 

Conclusion                                                                                  page 99

 

Document A : Carl G. Jung provoque un poltergeist                      page 103

Document B : Intervention psycho-sociale                                    page 104

Document C : Enquête sur la clairvoyance : un

                      questionnaire                                                          page 108

Bibliographie                                                                               page 111

Glossaire                                                                                                           page 115

 

Préface

N

ous retrouvons dans les librairies une quantité impressionnante d’ouvrages écrits par des « auteurs» que l’on pourrait qualifier d’assez subtils. Telle entité angélique ou tel groupe d’anges viennent apporter leur message de paix et d’amour. Le Christ ou Dieu lui-même utilise certains d’entre nous comme canal pour nous communiquer leur sagesse. Chacun réagira différemment à ces ouvrages écrits par des médiums, ces «channels» qui deviennent le véhicule transmettant des paroles d’un monde invisible. Certains en riront, d’autres verront leur foi se renforcer ou se nourriront positivement de ces messages. Le mérite de l’ouvrage de Marcel Mercier consiste à nous amener dans les coulisses d’un tel phénomène en découvrant les multiples manifestations de ces expériences paranormales.

En tant que psychologue clinicien, je crois que la lecture de La vie étrange des médiums aurait été d’un grand secours à certains clients que j’ai rencontrés et qui bien malgré eux et sans le savoir véritablement, manifestaient des dons de clairvoyance et de clairaudience. Plus souvent qu’on ne le croit, certaines personnes vivent des expériences de nature transpersonnelle qu’elles ne comprennent pas et sont hantées par la peur de la folie. Même en psychothérapie, elles craignent de s’ouvrir sur leurs expériences extrasensorielles craignant de se faire étiqueter de psychotique et de se faire référer en psychiatrie. Parfois, c’est l’inverse et elles aimeraient mieux savoir qu’elles souffrent d’une maladie mentale que l’on peut soulager que de subir ces expériences incompréhensibles.

Pour ces personnes, la lecture de ce livre leur permettrait de découvrir qu’elles ne sont pas seules à vivre ces expériences et surtout qu’elles ne sont pas nécessairement folles parce qu’elles entendent ou voient ce à quoi la majorité est sourde et aveugle. Cet ouvrage accessible et concret sur un phénomène abstrait et mystérieux permet de conceptualiser et de nommer leurs expériences, et de ce fait, de les libérer de leur angoisse et éventuellement de mieux utiliser leurs capacités.

D’une façon générale, je dirais que ce que nous apporte Marcel Mercier dans son ouvrage est une vision élargie de la réalité dans laquelle nous évoluons. Notre vision occidentale du monde est plutôt égocentrique et matérialiste, contrairement à la vision orientale qui tient compte de notre lien avec tout l’univers. La vie étrange des médiums  élargit notre compréhension de la nature de la réalité et surtout des multiples plans de conscience que l’humain est en mesure d’expérimenter. Par ces propos et les données qu’il partage avec nous, Marcel Mercier vient stimuler notre réflexion sur la nature de la réalité et sur les étonnantes possibilités de la conscience  humaine.

                                                                       Benoît Rancourt M.Ps.

                                                                         Psychologue

Introduction

 

(Les mots suivis d’un astérisque*réfèrent au Glossaire à la fin de l’ouvrage)

M

édiums, sensitifs*, « psychic » , « channels*(1) : c’est ainsi que l’on désigne certaines personnes qui prétendent entrer en communication avec des êtres d’un autre monde ou d’une autre dimension. Notre époque ne manque pas d’exemples remarquables : Edgar Cayce, Arthur Ford, Olga Worrall, Lesly Flint, Ruth Montgomery, Jane Roberts*, Kevin Ryerson, Ian D. Borts,  pour citer les plus connus. L’existence de la clairvoyance* et de la clairaudience* chez certaines personnes irrite, inquiète ou insécurise les esprits fermés à la métaphysique. Dans l’Antiquité, les médiums (prophètes, devins, pythies, etc.) étaient les porte-parole des dieux : on les consultait avec autant de respect que de crainte. Au Moyen Âge, sous la férule de l’Église, on les considérait comme des suppôts de Satan et, comme plus tard durant l’Inquisition(2), on les brûlait pour chasser d’eux les démons et sauver leur âme ! Aujourd’hui les savants ont relayé les hommes d’église, car c’est au nom de la science que l’on prétend maintenant démasquer, dit-on, « leur fumisterie » et mettre en garde contre leurs divagations.

            Cependant, grâce aux développements de la parapsychologie et à l’intérêt grandissant que suscitent les recherches sur les phénomènes paranormaux, il n’est plus de bon ton de ridiculiser à haute voix ceux qui croient « aux dialogues avec les morts ». On ne met plus en doute la réalité de ces phénomènes et, en ce qui concerne notre propos, celle de la médiumnité : en appliquant à ces faits les critères même de la science on a enfin conclu à leur réalité. Et le débat s’est maintenant déplacé vers les explications scientifiques qu’on tente de leur apporter. Mais, ce faisant, on se bute à une pléthore de théories plus ou moins convaincantes qui ne font que voiler une profonde ignorance en ce domaine. Si l’on est spiritualiste, on aura tendance à croire aux « communications avec l’au-delà ». Mais si l’on est partisan du rationalisme matérialiste, on s’efforcera d’attribuer à une faculté encore inconnue de son subconscient les connaissances ou les informations acquises par un médium en transe* profonde Et pour ceux qui se disent sceptiques, il n’y a là que des trucs, de la fraude, des hallucinations ou du charlatanisme.

            Toutes les théories explicatives élaborées dans les hautes sphères de la science n’ont pas encore suscité de résonance significative dans les mentalités populaires et dans nos institutions sociopolitiques. En réalité, les savants rationalistes se sentent mal à l’aise et menacés dans leurs propres théories de la réalité par ce qu’entraînerait la reconnaissance officielle du phénomène de la médiumnité. On serait alors contraint en toute rigueur de considérer sérieusement d’autres problèmes connexes aussi troublants que la survivance de la conscience après la mort du corps physique, l’existence d’entités désincarnées et même le phénomène de la réincarnation. Et cela risquerait d’entraîner  un changement inévitable de paradigme* dans la recherche scientifique.

            De plus, les diagnostics médicaux élaborés par des entités désincarnées (fussent-elles les âmes d’anciens médecins) s’exprimant à travers un médium en transe profonde, constituent un empiètement intolérable, aux yeux de certains médecins, sur le monopole légalisé de la médecine scientifique traditionnelle. Les échecs de plus en plus nombreux enregistrés par cette dernière, tout comme l’efficacité surprenante de certaines thérapies alternatives dans des cas où la médecine a échoué, ne parviennent pas encore à ébranler la foi aveugle que professent encore la plupart des disciples d’Hippocrate en la toute-puissance de la médecine officielle. Aussi ne sent-on pas le besoin et encore moins l’urgence de remettre en question la pratique médicale actuelle dont les appareils sont de plus en plus perfectionnés et sophistiqués, même s’ils la rendent malheureusement de moins en moins humaine.

            Les médecins sont convaincus que, pour protéger la vie des gens, ils doivent conserver le monopole des soins aux malades que la loi leur a octroyé en tant que spécialistes de la santé. Forts de cette protection légale, ils s’attribuent donc la mission de poursuivre en justice tous ces médiums, tous ces guérisseurs, tous ces « charlatans » qui prétendent guérir mieux qu’eux. C’est d’autant plus menaçant que beaucoup le font effectivement. Aussi, s’empresse-t-on, pour camoufler son ignorance, de réduire ces résultats surprenants à un effet placebo* ! En fait, n’ont-ils pas les meilleurs appareils pour détecter les maladies et pour assurer leur traitement? Leurs médicaments ne sont-ils pas préparés et testés de façon scientifique par des entreprises pharmaceutiques agréées par l’État? Ce serait donc folie de renoncer à une technologie de pointe pour se fier aux « rêveries » d’un médium! Mais du même coup on n’hésite pas à balayer sous le tapis les maladies iatrogènes causées, chez les malades, par les médicaments mêmes qui devraient les guérir!

            Chez beaucoup de médecins, se cache derrière cette attitude suffisante non seulement la peur de perdre leurs prérogatives et leur raison d’être, mais surtout une  ignorance, souvent voulue, concernant les phénomènes psychiques. Un procès intenté il y a près de vingt ans à un médium de transe profonde, Ian D. Borts, aujourd’hui décédé, illustre bien cette attitude ambiguë qui prévaut encore face à ce phénomène tant au niveau du Collège des médecins qu’à celui du Tribunal de la Justice.

            Pour toutes ces considérations, le présent ouvrage veut apporter un nouvel éclairage sur le phénomène de la médiumnité, et, si possible, susciter un intérêt plus grand envers ces médiums dont le nombre se multiplie de façon exponentielle dans les deux Amériques en particulier. D’aucuns y voient l’aube d’une évolution mentale de l’homme vers une plus grande spiritualisation des relations humaines et une plus grande facilité à communiquer avec les mondes parallèles. Ce sont, selon certains, les précurseurs du Nouvel Âge. L’ère du Verseau ne se caractérise-t-elle pas par la primauté de l’esprit sur la matière? 

Dans cette optique, un premier exposé retrace l’histoire de la médiumnité depuis 1848, année qui vit la naissance du spiritisme* (chapitre 1); suivent des explications sur la transe hypnotique et les états de conscience modifiés (chapitre 2); puis les diverses formes de manifestation médiumnique (chapitre 3); à la suite de ces premiers exposés, je présente le phénomène de la médiumnité vu par les médiums eux-mêmes et par des entités qui s’expriment par eux (chapitre 4); des exemples illustrent ensuite mon propos (chapitres 5 à 8), suit une brève analyse de cas récents de clairvoyance (chapitre 9). Enfin en évoquant le procès d’un médium, je veux montrer comment tant la science médicale (chapitre 10) que la justice (chapitre 11) par leurs croyances et leurs préjugés actuels, méconnaissent et persécutent à tort des personnes, qui, pour rendre service, utilisent des facultés inhérentes à tout être humain.  Voici donc le plan de l’ouvrage :

            Chapitre un : Histoire de la médiumnité depuis 1848

            Chapitre deux : La transe hypnotique

            Chapitre trois : Les manifestations de la médiumnité

            Chapitre quatre : Le phénomène de la médiumnité

Chapitre cinq : Un curieux médium : Matthew Manning

            Chapitre six : Un poltergeist* bien québécois

Chapitre sept : Clairvoyante et guérisseuse

Chapitre huit : Un médium très occupé

Chapitre neuf : Enquête  sur des clairvoyants contemporains

            Chapitre dix : La science et les médiums

            Chapitre 0nze : La Justice et les médiums

            Document A : Carl G. Jung provoque un poltergeist en présence de Freud

            Document B : Intervention psycho-sociale dans un cas de poltergeist

            Document C : Questionnaire pour une enquête sur la clairvoyance

Un Glossaire suit la bibliographie. Le lecteur pourra le consulter pour avoir l’explication des termes employés dans cet ouvrage. Je m’en voudrais de ne pas remercier ici mon collègue Benoît Rancourt d’avoir accepté d’écrire la préface de cet ouvrage. Il a su faire ressortir l’aide qu’il peut apporter à ceux et celles qui vivent des phénomènes qui leur semblent incompréhensibles et menaçants pour leur santé mentale. J’ose espérer que la lecture de La vie étrange des médiums leur apportera effectivement lumière, apaisement et encouragement pour contrôler leur énergie psychique dans un but créatif pour eux-mêmes et pour les autres.

 

Chapitre un

Histoire de la médiumnité depuis 1848

                                         Il y a quelque chose de vrai, de réel, d’authentique derrière tout cela.

                                                                                                                                   William James

 

D

ans son ouvrage La parapsychologie* ouvre le futur(3), Werner Keller rapporte le récit que fit Mme Fox de la soirée du 31 mars 1848, alors que ses deux filles, Kate et Margaretta, engagèrent une sorte de conversation en code sonore avec un supposé fantôme. En voici un extrait.

J’étais morte de fatigue, mais à peine m’étais-je couchée, que cela commença; les enfants qui dormaient dans la même chambre que nous entendirent frapper des coups et se mirent en claquant des doigts à faire les mêmes bruits.

La plus jeune, Kate, dit : « Monsieur le fantôme, fais la même chose que moi », et elle se mit à frapper plusieurs fois dans ses mains. Dès qu’elle eut fini, on entendit exactement le même nombre de coups; quand elle s’arrêtait, les coups s’arrêtaient. Par taquinerie, Margaretta dit alors : « Fais la même chose que moi ». Et elle se mit à compter; « Un, deux, trois, quatre » et à frapper dans ses mains. Aussitôt, les coups lui répondirent. Elle fut tellement effrayée qu’elle n’osa pas continuer.

J’eux alors l’idée de tendre un piège à l’auteur des bruits et lui demandai de frapper le nombre de coups correspondant à l’âge de mes enfants. Immédiatement, dix-sept coups furent frappés, avec une interruption suffisante pour que l’on puisse compter l’âge de chacune d’elles. Puis, il y eut un silence encore beaucoup plus long, suivi de trois coups violents. Trois ans, c’était l’âge auquel mon plus jeune enfant était mort. Alors je demandai : « Est-ce un être humain qui répond à mes questions? » Pas de réponse. J’ajoutai : « Si tu es un esprit, frappe deux coups. » À peine avais-je fini que deux coups étaient frappés. 

 

            Chez les Fox, ces bruits nocturnes se produisaient depuis un mois déjà. Pour avoir confié à des voisins ce qui leur arrivait, les époux Fox virent bientôt leur demeure envahie par des curieux venus écouter ces bruits mystérieux. Les gens posaient des questions et le nombre de coups correspondait toujours à une réponse exacte. L’un des visiteurs, Isaac Post, imagina un système plus pratique pour obtenir des réponses. Il suggéra qu’à chaque lettre de l’alphabet corresponde un certain nombre de coups : A, un coup; B, deux coups; etc. On pouvait ainsi recevoir plus rapidement des messages entiers. Avec ce système, les Fox apprirent l’histoire du soi-disant esprit qui communiquait ainsi avec les personnes présentes. De son vivant, il était commerçant et avait habité cette maison jusqu’au jour où on l’y assassina. Son cadavre avait été enterré dans la cave. Les Fox, en creusant à divers endroits du sous-sol, finirent par découvrir des ossements que l’on présuma être ceux  du défunt.

            Passé le premier élan de curiosité, ces incidents attirèrent sur les Fox tellement de critiques et de désagréments qu’ils durent quitter Hydeville (N.Y.) pour Rochester, une autre ville du même État, où ils avaient de la parenté. Les coups continuèrent de plus belle à cet endroit, mais toujours en présence des deux sœurs Fox. Moins superstitieux que ceux de Hydeville, les habitants de Rochester s’intéressèrent à ces communications avec les esprits, ce qui contribua beaucoup à la popularité des deux médiums qui furent par la suite invitées dans d’autres villes : New York, Buffalo et Stratford au Connecticut. Des savants enquêtèrent sur ces phénomènes. Bientôt des spirites se donnaient rendez-vous chez les Fox pour entendre les raps*(4) dont on avait tant parlé.

            Un soir, on s’aperçut que les bruits se produisaient dans la table même sur laquelle plusieurs personnes avaient posé leurs avant-bras. Quelqu’un eut alors l’idée de questionner la table elle-même. Les personnes firent la chaîne en se tenant par la main, paumes posées sur le plateau de la table. Celle-ci répondait par des coups frappés et en oscillant d’avant en arrière. Ce fut la découverte et l’origine des tables tournantes et la naissance du spiritisme* moderne, qui s’articulait autour d’une communication avec l’au-delà par le biais de ces coups frappés.

            Les Etats-Unis devinrent bientôt le « paradis des médiums* ». En 1851, on en comptait cent à New York, ainsi qu’une cinquantaine de cercles privés à Philadelphie. Le journal North American Review  affirmait en 1855 qu’il y avait environ deux millions de spirites aux Etats-Unis seulement.

            Le spiritisme* franchit bientôt l’Atlantique, et les premiers médiums importés d’Amérique arrivèrent en Europe. Ceux-ci prétendaient pouvoir transmettre des messages de l’au-delà pendant une sorte d’état d’inconscience qu’ils appelaient transe médiumnique : la voix d’un défunt s’exprimait alors à travers leur corps.

            Des séances avec tables tournantes* devinrent la mode du jour. Des journaux publièrent des articles méprisants sur ce qui se passait pendant ces séances, alors que des savants, les prenant au sérieux, s’efforçaient d’en fournir une explication scientifique. L’opinion publique était donc partagée, et donna lieu à des affrontements souvent violents entre les croyants et les sceptiques.

            L’écriture automatique* remplaça bientôt les tables tournantes : c’était un procédé plus simple et plus rapide que le comptage des raps. On assista alors à un pullulement de médiums véritables mais aussi d’escrocs voulant profiter de l’engouement du public pour de tels phénomènes. Le bon grain étant dispersé dans beaucoup d’ivraie, des hommes sérieux décidèrent alors de fonder une association pour étudier scientifiquement le phénomène de la médiumnité. La Society for Psychical Research (S.P.R.)* vit officiellement le jour à Londres le 20 février 1882, et sa filiale américaine (A.S.P.R.)* deux ans plus tard, à Chicago, en 1884.

            Des personnages illustres furent membres ou collaborateurs de la S.P.R. : Henry Sidwick, psychologue, premier président; Sir William Fletcher Barrett, professeur d’Université; Sir Oliver Lodge, physicien et chimiste célèbre;  le psychologue américain William James et le professeur Charles Richet de France.

            La S.P.R. étudia des milliers de cas médiumniques, mettant en lumière, grâce à un protocole de recherche très rigoureux, des trucages et de la fraude chez la plupart des médiums. Un seul ne fut jamais pris en flagrant délit de fraude : ce médium, une femme, s’appelait Mme Piper. Bien plus, certains membres de la S.P.R. se manifestèrent, après leur mort, par l’intermédiaire de ce médium exceptionnel : Richard Hodgson, Frédéric Mayers, Edmund Gurney, Lord Balfour. Voici ce qu’a écrit William James(5) en conclusion de son étude du cas Hodgson au cours de nombreuses séances avec Mme Piper.

Il ne me paraît pas impossible qu’un philosophe de la blague puisse, ça et là, avoir l’impression dramatique qu’il y a quelque chose de vrai, de réel, d’authentique derrière tout cela […] Personnellement, quoique je doive confesser qu’aucune preuve cruciale de la présence de la  « volonté de communiquer » ne me paraisse avoir été produite par le contrôle Hodgson pris à part, dans les séances auxquelles j’ai eu accès, je dois dire aussi que l’effet total produit sur mon esprit, dans l’ordre des probabilités dramatiques issues de la masse totale des phénomènes analogues, est de me faire croire qu’une « volonté de communiquer » se trouve là, sous une forme quelconque. Je ne puis le démontrer, mais pratiquement, j’incline vers cette croyance, je parie pour elle, et j’accepte le risque de la gageure. 

            Cette affirmation est de poids venant d’une autorité scientifique dont le scepticisme face aux phénomènes de ce genre n’était pas un trait secondaire. William James explique ensuite sa position dans les termes suivants :

Ainsi la volonté de communiquer peut venir soit d’entités permanentes, soit d’une entité qui naisse à cette occasion. L’esprit de R.H. (Richard Hodgson) serait une entité permanente. […] À considérer d’abord le cas d’entités permanentes, il n’y a pas à priori de raison pour que les esprits humains et les autres êtres spirituels ne puissent coopérer en même temps au même phénomène, ou produire alternativement des manifestations différentes. […] Il faut que l’on soit vraiment un « scientifique » pour montrer de l’aveuglement et de l’ignorance au point de n’avoir l’idée d’aucune possibilité semblable(6). 

 

            En 1856 parut Le Livre des esprits, qui fut traduit dans toutes les langues européennes. L’auteur était un professeur de philosophie et de mathématiques, Léon Hippolyte Rivail, alias Allan Kardec, nom qui lui avait été révélé au cours d’une séance médiumnique : ce  nom était le sien, lui affirmait-on, lorsqu’il était druide dans une vie antérieure.

            Rivail, qui ne croyait pas à la communication avec les esprits, accepta tout de même, à l’invitation d’un ami, d’assister à une séance médiumnique. La nature des messages qui lui étaient adressés par l’intermédiaire du médium et surtout la mission que les « esprits » voulaient lui confier (expliquer rationnellement l’existence du monde des esprits et leurs relations avec le monde terrestre) levèrent les derniers vestiges de scepticisme de son esprit. Il assista à de nombreuses séances au cours desquelles un esprit-guide lui communiqua des révélations qui devaient se cristalliser dans la philosophie du monde des esprits. S’il n’était pas le fondateur du spiritisme (originaire des Etats-Unis), il en fut le législateur, puis le pape lorsque ce mouvement devint une religion.

            Au sens large, le spiritisme est basé sur la possibilité de communiquer avec les défunts ou les esprits en général. C’est une croyance qui semble avoir existé dans toutes les civilisations. Pour nous en tenir à la nôtre, on pourrait faire remonter le spiritisme au XVIIIe siècle, lorsqu’un homme génial, nommé Emmanuel Swedenborg, affirmait communiquer de façon quasi permanente avec les anges. En faisant abstraction du Moyen Âge avec ses bûchers pour sorciers et sorcières, on peut le retracer antérieurement chez les Romains et les grecs, où les dieux s’exprimaient par le biais de la Pythie (Delphes, Cumes), et même dans la Bible (Saül et la Pythonisse d’En-Dor).

            En apportant davantage de cohérence dans les communications médiumniques et en orientant la pratique dans une optique de recherche (spiritualisme expérimental), le spiritisme attira occasionnellement des chercheurs sérieux comme Camille Flammarion, Sir Oliver Lodge ou même Charles Richet. Mais afin de se départir du postulat « spiritualiste », ces derniers élaborèrent une nouvelle approche scientifique connue sous le nom de « mouvement ou association métapsychique », une approche des phénomènes psychiques que l’on nommera ultérieurement la « parapsychologie ».

            Mais tous les médiums et leurs « fans » n’étaient pas spirites. Si la S.P.R. de Londres concentrait ses observations sur les médiums à effets psychiques (prosopopèse(7), clairvoyance, précognition*), les travaux de l’Institut métapsychique en France s’orientaient davantage sur l’étude des médiums à effets physiques (matérialisation, apparitions ectoplasmiques*, etc.) Ce furent des années de recherche intense (1850-1900) pendant lesquelles se manifestèrent une nuée de médiums extraordinaires.

            Puis, il y eut une accalmie, et les manifestations médiumniques devinrent moins spectaculaires. La guerre de 1914-1918 et les développements de la science (invention du téléphone, de la T.S.F., etc.) de même que l’avènement de la psychanalyse contribuèrent peut-être au déclin de l’intérêt pour ce phénomène, en polarisant l’attention des gens vers d’autres champs d’investigation. Toutefois, certains médiums continuèrent à entrer en communication avec l’au-delà, mais comme ils étaient moins nombreux, il y eut forcément moins d’escrocs et d’imposteurs.

            Le mouvement spiritualiste est toujours actif en Angleterre et compte beaucoup de médiums qui assurent, semble-t-il, la communication entre les deux mondes. Si aujourd’hui beaucoup de médiums deviennent guérisseurs en incarnant des médecins décédés (Arigo, Chapman), d’autres dispensent inconsciemment, sur demande, un enseignement ou des conseils des plus utiles pour régler des problèmes de toutes sortes (Edgar Cayce, Jane Roberts,  Kevin Ryerson, Jach Pursel, Ian Borts).

            Ces « channels », comme on les nomme aujourd’hui, par lesquels s’expriment des entités (Speakers*), sont consultés et considérés avec beaucoup de sérieux par des artistes, des médecins, des psychologues et même des hommes politiques. Shirley MacLaine et Michael York, par exemple, ont tous deux consulté des « channels » à leur plus grand avantage et témoignent de la pertinence de leurs conseils et de leurs avis.

            Pour bien comprendre le phénomène de la médiumnité, il convient de se familiariser avec un certain vocabulaire qui, à première vue, peut paraître hermétique. Les raps ou coups frappés sont des bruits produits dans les meubles ou les murs des maisons, sans cause apparente. Dans l’histoire du spiritisme, ils sont attribués à des défunts qui manifestent ainsi leur volonté de communiquer avec les vivants. Le spiritisme est « la doctrine de ceux qui, croyant à la survivance de l’âme (ou tout au moins de certains ‘ résidus psychiques ‘) après la mort, admettent la possibilité de communication entre les vivants et les morts(8) ». Ainsi, le dictionnaire définira le médium comme un « sujet qui sert d’intermédiaire entre les esprits et l’humanité dans la pratique du spiritisme ». Et la médiumnité comme l’ « aptitude à servir de médium dans les théories spirites ».

            D’une façon beaucoup plus générale, un médium est une « personne chez qui se manifestent des phénomènes paranormaux, le plus souvent quand elle est en état de transe » (Dictionnaire de la psychologie moderne I). On parle également, en ce sens, d’agent, de sensitif, de sujet, de « channel ». Ce dernier terme désigne un « médium de transe profonde ». Faire du « channeling  » signifie « communiquer avec l’au-delà par l’intermédiaire d’un canal humain ». Pour ce faire, les « channels » entrent en transe, ou dans un état méditatif dans lequel ils dépassent les limites de leur propre conscience et de leur ego pour contacter d’autres consciences ou sources d’énergie extérieure qu’ils laissent s’introduire dans leur corps. Ainsi, le « channel » que l’on pourrait traduire, faute d’un terme plus adéquat, par canal psychique, ne servirait que de simple véhicule à une ou plusieurs entités(9).

            Enfin, on nomme « contrôle » l’esprit ou l’entité qui s’exprime habituellement par le médium. C’est lui également qui sert d’intermédiaire entre le consultant et d’autres esprits qui veulent entrer en communication avec ce dernier, jouant ainsi le rôle d’une sorte de police d’ordre. Liszt, par exemple, était le contrôle de Rosemary Brown* : il lui emmenait l’un ou l’autre compositeur désireux de lui communiquer de nouvelles œuvres musicales.

            Dans l’histoire de la médiumnité, les moyens employés par les  « esprits » pour communiquer furent donc variés, et ils évoluèrent du plus rudimentaire (coups) au plus perfectionné (voix), c’est-à-dire des bruits significatifs au langage articulé et modifié du médium.

            Dans la maison « hantée » des Fox à Hydeville, comme je l’ai mentionné précédemment, des bruits se firent souvent entendre comme pour attirer l’attention des locataires. Ce n’est qu’après un mois de tapage nocturne que les médiums, en l’occurrence Margaretta et Kate Fox, trouvèrent un sens à ces bruits en posant des questions. Le nombre de raps ou de coups frappés déterminait la qualité de la réponse. Par la suite (à Rochester), les coups se transférèrent à une table, puis quelqu’un suggéra aux communicateurs invisibles d’adapter les coups frappés aux lettres de l’alphabet. Cette nouvelle méthode permettait non seulement de dépasser le stade du oui (un coup) et du non (deux coups), mais de recevoir des phrases et des messages complets.

            Apparut alors la planchette (appelée Ouija*), une table miniature qui, tenue par la main du médium, se dirigeait d’elle-même sur un tableau vers l’une ou l’autre lettre ou vers les chiffres que l’on y avait inscrits, formant ainsi des mots et des phrases. Ce procédé s’avéra de maniement plus facile et plus rapide que les tables tournantes.

            De la planchette, on passa ensuite à l’écriture automatique, soit que le médium tint lui-même le crayon, soit qu’il l’attacha à une corbeille à ouvrage qui se mettait bientôt en mouvement et transcrivait des messages pour le consultant. Puis, les spirites, avec leurs ardoises, ajoutèrent une variante à ce procédé : on attachait deux ardoises, l’une face à l’autre avec une craie entre les deux. Ces ardoises étaient déposées sur ou sous la table. À la fin de la séance, on séparait les deux ardoises qu’on trouvait alors couvertes d’écritures. Enfin, comme si les esprits ne devaient accéder que graduellement à l’incorporation du médium, le dernier perfectionnement de leur moyen de communication consista à utiliser l’organe vocal même du médium, alors en sommeil ou en transe profonde.

            Voilà pour les moyens de communication dans le cadre d’une séance où un consultant s’entretient avec un être désincarné par l’intermédiaire d’un médium en transe. Mais il existe d’autres méthodes par lesquelles une personne sensitive peut entrer en communication avec des « esprits ». Ces derniers peuvent se faire entendre sans utiliser l’appareil vocal du médium. Leslie Flint, par exemple, était un médium à effet physique : il avait la faculté d’attirer les esprits des morts et de leur fournir une substance appelée ectoplasme que ceux-ci soutiraient de son corps et de ceux des consultants pour former un halo brumeux au-dessus de sa tête. « Ce halo constitue un capteur de voix et se veut une réplique des cordes vocales humaines. » Les sons se formaient donc à partir de ce capteur de voix et ne provenaient nullement du larynx du médium (expérience contrôlée en laboratoire(10)).

            Les esprits s‘intéressent aussi au fonctionnement des inventions récentes en matière de communication : téléphone, magnétophone, machine à écrire, etc. Ruth Montgomery, journaliste à la retraite, possédait des dispositions médiumniques. Chaque matin, elle recevait des messages ou des réponses aux questions adressées à ses guides spirituels par le truchement de sa machine à écrire, sur laquelle elle posait simplement ses doigts tout en se plongeant dans une profonde méditation(11).

            Le Dr Andrija Puharich, parapsychologue, quant à lui, reçoit, le 11 janvier 1971, à 11 heures un appel téléphonique à son bureau de New York. Une voix féminine lui annonce la mort du guérisseur brésilien Arigo, qui l’avait soigné, et lui demande ses commentaires pour une station de Rio de Janeiro. Trop bouleversé par cette nouvelle pour dire quoi que ce soit, Puharich prend le nom et le numéro de téléphone de son interlocutrice en lui promettant de la rappeler à ce sujet. Entre-temps, revenu de son émotion première, il s’informe au consulat du Brésil à New York, puis à l’ambassade du Brésil à Washington : personne ne possédait cette information. Enfin, il téléphone à des amis du Brésil qui lui confirment la triste nouvelle : Arigo avait été victime d’un accident de voiture à 11 h 15 (heure de New York). Voulant rappeler sa première correspondante pour lui faire ses commentaires, il constate que son bloc-note est vierge de toute écriture. De plus, sa secrétaire lui avoue n’avoir pas entendu la sonnerie du téléphone à 11 h. Puharich avait donc été averti mystérieusement de la mort d’Arigo, et cela quinze minutes avant qu’elle ne se produise ! Des explications sur la mort d’Arigo lui furent données plus tard sur magnétophone lorsqu’il se trouvait en Israël pour étudier Uri Geller(12), lui aussi, un médium à effet physique.

            Une autre expérience parapsychologique consiste à enregistrer des voix mystérieuses qui ressemblent étrangement à des messages de l’au-delà. C’est un Suédois, Friedrich Jurgenson, qui le premier mit ce phénomène en évidence, tout à fait par hasard, en voulant enregistrer des chants d’oiseaux. Des sommités scientifiques telles que Hans Bender (Allemagne) et Tennaeff (Hollande) s’y sont vivement intéressées. Le Dr Raudive, qui avait longuement étudié ce phénomène avec d’autres savants, était persuadé qu’il s’agissait bien de voix de défunts. Après sa mort, il aurait transmis des messages, avec d’autres savants décédés, dans lesquels il suggérait de nouvelles techniques de communication entre les deux mondes, notamment via un téléviseur(13).

 

Chapitre deux

La transe hypnotique

 

L

’étude de l’hypnotisme (ou de l’hypnose) est liée historiquement à celle du magnétisme animal* de Mesmer (1734-1815). C’est que le phénomène de transe ou de sommeil hypnotique se manifestait souvent au XVIIIe siècle pendant les cures magnétiques. Un disciple de Mesmer, Armand Chastenet de Puységur (1751-1825), avait le premier fait état d’un phénomène particulier auquel il donna le nom de « somnambulisme* magnétique ». Il avait remarqué que certains sujets « magnétisés » s’assoupissaient et sombraient dans une sorte de sommeil « lucide ».

            Le premier cas qu’il étudia est demeuré célèbre dans l’histoire du somnambulisme*. Il s’agissait d’un paysan, nommé Victor, qui, sous l’effet des passes magnétiques, tombait en transe profonde. Dans cet état, il était doué d’une faculté nouvelle que Puységur nomma « clairvoyance »; elle lui permettait d’analyser sa propre maladie ou celle des autres patients, de poser un diagnostic précis, d’indiquer le remède adéquat ainsi que de prédire la date de la guérison. Il faisait  montre d’une connaissance médicale étendue qu’il ne possédait pas à l’état de veille. Au sortir de cette transe, en effet, Victor ne se  souvenait plus de ce qu’il avait dit pendant la crise somnambulique(14).

            L’étude du magnétisme animal, condamné, sur le plan scientifique, par deux commissions royales en 1784, céda alors la place aux recherches sur ce curieux phénomène. Dans le camp des mesmériens, on considérait le somnambulisme comme un effet secondaire de la cure magnétique, faisant partie de la « crise salutaire » qui précédait et annonçait la guérison. Mesmer n’y attachait pas trop d’importance, car à son avis, elle n’était pas essentielle aux résultats du traitement magnétique.

            En 1847, le Dr Braid, qui avait assisté aux démonstrations de Lafontaine à Manchester, pendant lesquelles ce mesmérien endormait ses sujets par des passes magnétiques, réussit à provoquer un état analogue en suggérant à sa femme et à sa servante de fixer un objet. Au bout de deux ans, il publia le résultat de ses observations dans un ouvrage intitulé La neurypnologie. Il nomma ce sommeil provoqué hypnotisme et on qualifia de braidisme sa théorie et sa méthode du monoïdéisme, concentration de l’esprit sur un point : pour provoquer cet état, Braid utilisait un objet brillant.

            Après quoi, plusieurs variantes tant méthodologiques que théoriques se succédèrent pour tenter de cerner ce phénomène. Pendant ses démonstrations, l’abbé Faria (1813) endormait ses sujets en les fixant du regard et en leur commandant de dormir. C’était la méthode de la fascination. En Amérique, un nommé Grimes lança une méthode de suggestion verbale qu’il nomma l’électrobiologie. En France, sous l’impulsion du clinicien Velpeau (qui présenta à l’Institut une communication sur le sujet), on multiplia les interventions chirurgicales sur des patients hypnotisés; aussi, on ne parlait plus de magnétisme animal mais d’hypnotisme anesthésique.

            Toutefois, la méthode mesmérienne était toujours utilisée. Le Dr Elliotson (1791-1868) fonda à Londres le « Mesmeric Hospital » où l’on opérait sans douleur des sujets magnétisés. Son exemple fut suivi dans tout le Royaume-Uni, jusqu’aux Indes, où un admirateur d’Elliotson, le Dr James Esdaile (1808-1859) pratiqua le magnétisme sur ses patients. À son départ de Calcutta, ce dernier avait à son actif 2000 interventions dont 300 importantes.

            Influencé par la communication de Velpeau, Liébault (1823-1904) reprit à Nancy les recherches de Braid sur l’hypnotisme. Il n’utilisait plus que la suggestion* pour endormir et soigner ses malades. Les guérisons se multipliaient. Hippolyte Bernheim (1837-1919), un professeur de l’université venu l’observer, trouva ses démonstrations probantes et s’associa avec lui dans cette recherche. Tous deux fondèrent l’École de Nancy, qui deviendra la grande rivale de l’École de la Salpêtrière à Paris. Sans rejeter complètement l’influence d’un certain fluide* (n’endort-on pas des nourrissons uniquement par des passes!), ils expliquaient le sommeil hypnotique par une cause psychologique : la suggestion.

            Par contre, à la Salpêtrière, on faisait des expériences d’hypnose uniquement avec des hystériques. On voyait dans l’hypnose un état pathologique, soit une névrose hystérique artificielle. Pour leur part, les tenants de la thèse de Nancy soutenaient qu’il s’agissait d’un phénomène psychologique normal. La lutte fut âpre entre les deux écoles, et ce furent les nancéens qui sortirent victorieux, avec leurs milliers de malades soignés par la suggestion (le petit hypnotisme). Charcot (1825-1893) et ses collègues, quant à eux, expérimentaient, au dire de Bernheim, sur une poignée d’hystériques « dressés » qui ne voulaient pas décevoir le maître. On y pratiquait le « grand hypnotisme » avec perte de conscience. Les phénomènes constatés allèrent de la transmission de pensée au transfert des paralysies hystériques (expérience mise au point par Babinski au moyen d’aimants).

 À la Salpêtrière, on ne guérissait pas, on ne faisait qu’expérimenter; ce qui explique qu’à la mort de Charcot, on renonça à poursuivre des recherches qui n’étaient pas axées sur des traitements. Pierre Janet continua à s’y intéresser et prédit même que l’étude de l’hypnose reviendrait à la mode, au même titre que « les chapeaux de nos grands-mères ». C’est lui qui introduisit l’expression « dissociation mentale » pour expliquer le phénomène de l’hypnose. Si Pierre Janet (1859-1947) regretta l’arrêt des recherches sur l’hypnotisme, un autre praticien de la Salpêtrière, Sigmund Freud (1856-1939), après l’avoir utilisé avec certains clients, finit par lui préférer la méthode psychanalytique qu’il inventa.

Délaissée par la science officielle, l’hypnose n’en continua pas moins à être pratiquée par des médecins et des psychiatres dans le cas des névroses de guerre, de même qu’en dentisterie et en obstétrique. Mais c’est surtout en Angleterre et aux Etats-Unis qu’on l’appliqua systématiquement dans les traitements.

En 1933, Hull, chercheur américain, entreprit des études sur ce phénomène, et  arriva à associer l’hypnose à l’hypersuggestibilité. Milton Erickson, dès 1940, développa les applications de l’hypnose en thérapie. Ses succès suscitèrent un intérêt nouveau pour le sujet. Mais c’est à partir des années 1955-1960 que l’on assista à une nouvelle poussée de recherches en ce domaine, à l’instigation de Hilgard et Orne. Elles se sont poursuivies jusqu’à aujourd’hui. À cause notamment des effets analgésiques dûment constatés, l’American Medical Association reconnut l’hypnose comme une technique médicale en 1958.

Sans pouvoir expliquer la nature de ce phénomène qui est en rapport direct avec l’inconscient*, on s’entend pour définir l’hypnose comme une sorte de modification de l’état de la conscience. Voici les principales constatations issues des recherches actuelles sur l’hypnotisme :

  1. Les caractéristiques de la transe (ou sommeil) hypnotique diffèrent du sommeil ordinaire et de l’état de veille sur le plan des activités musculaires et du tracé encéphalographique.          
  2. L’aptitude à l’hypnose est fonction de l’ « hypnotisabilité » (ou suggestibilité) du sujet. Celle-ci est en étroite relation avec la faculté de développer un certain imaginaire (qui révèle la plasticité de la conscience).
  3. Le pouvoir de l’hypnose appartient au sujet plutôt qu’à l’hypnotiseur : est hypnotisable qui le veut bien.
  4. On ne peut, sous hypnose, suggérer au sujet l’accomplissement d’actes contraires à son éthique personnelle.
  5. L’hypnose permet de supprimer la douleur : elle a trouvé des applications pratiques en dentisterie et en obstétrique.
  6. L’hypnose peut aider à supprimer certaines habitudes comme le tabagisme, ainsi que certaines phobies (sans cause connue), car sous hypnose, un sujet peut retrouver des souvenirs oubliés ou refoulés(15).

Toutes les méthodes d’induction de l’état de transe comportent des suggestions à l’effet que le sujet se détende et s’endorme. Des psychiatres et des praticiens cliniques ont, parallèlement aux recherches sur l’hypnose, mis au point des méthodes permettant à quiconque de retrouver les effets positifs de l’hypnose sans recourir à un hypnotiseur : c’est la méthode de suggestion d’Émile Coué, basée sur l’axiome de Noiset, à savoir que toute idée solidement implantée dans l’esprit tend à se réaliser; c’est le training autogène de Schultz qui favorise la relaxation consciente du corps; c’est également la technique de l’autohypnose de Le Cron, intégrant tout à la fois détente, imagerie mentale et suggestion.

Ce qui caractérise ces méthodes, c’est le fait que le sujet demeure conscient et lucide pendant la transe. Mais la technique de l’autohypnose peut aussi induire, chez le sujet, un état d’inconscience : nous obtenons alors la transe médiumnique, que l’on pourrait appeler transe by-pass, le moi conscient s’étant mis sur une voie d’évitement. Les grands médiums, comme Edgar Cayce et Jane Roberts avaient recours à ce moyen pour atteindre la transe profonde (voir plus loin).

 

La Sophrologie*

 

Une autre technique a vu le jour à Barcelone en 1960, la sophrologie. Son fondateur, le Dr Alfonso Caycedo, psychiatre, prétend qu’il s’agit d’une nouvelle science de la conscience, qui n’est réductible ni au magnétisme ni à l’hypnose. Il se serait inspiré de techniques orientales de yoga qu’il aurait adaptées à l’esprit occidental.

Selon le Dr Chercheve, sophrologue, « considérer la sophrologie comme récente serait une erreur. Ses racines plongent dans la magie, le magnétisme, l’hypnose »(16). Dans l’état sophrologique, le sujet est déconnecté de son environnement tout en gardant sa lucidité et sa mémoire. La technique d’induction est d’abord une relaxation basée sur le training autogène de Schultz : le sujet se concentre sur son corps en ressentant successivement la pesanteur et la chaleur de chacun de ses membres. Les suggestions verbales sont choisies et énoncées dans un style agréable et rythmé afin d’influencer plus facilement le système neurovégétatif : c’est le terpnos logos.

En cela, il n’y a rien qui distingue la sophrologie du magnétisme et de l’hypnose, si ce n’est une technique d’induction plus recherchée et plus systématique incluant la suggestion de rester lucide. Cet état se retrouvait souvent chez des sujets hypnotisés qui affirmaient être restés conscients pendant toute la durée de l’expérience, et il est habituel chez des sujets pratiquant l’autohypnose dans le but de modifier certains de leurs comportements.

 

 

 

À la recherche d’une définition

 

On connaît les effets ressentis dans l’état hypnotique. On a mis au point une méthode d’induction qui y mène efficacement. On a déterminé des degrés dans la transe hypnotique (légère, moyenne, profonde), chacun comportant des subdivisions selon diverses caractéristiques. Mais on ignore toujours la nature de ce phénomène.

À mon avis, cette ignorance provient des limites de la démarche scientifique que l’on a utilisée. En effet, dans l’histoire de la recherche sur l’état hypnotique, les observations ont porté surtout sur le comportement du sujet hypnotisé et sur la relation hypnotiseur-hypnotisé, que l’on a qualifiée de transférentielle et de régressive. Mais on a très peu étudié l’incidence de l’influence de l’hypnotiseur sur l’hypnotisé, de la personnalité du premier sur celle du second..

Par ailleurs, on a tenté, sans toutefois y parvenir, de distinguer l’hypnose du magnétisme (qui en serait la protohistoire) et de la récente sophrologie (qui en serait l’aboutissement évolutif). Mais on peut se demander s’il existe une différence essentielle entre les états de conscience engendrés par les passes magnétiques, l’induction hypnotique et les suggestions sophrologiques. Ne s’agit-il pas en fait de différents procédés techniques dont l’efficacité est fonction de la nature de la conscience?

Une approche plus globale de la conscience humaine apporterait sans doute un éclairage nouveau sur le phénomène de la transe magnétique, hypnotique ou sophrologique. À mon avis, cette approche aurait comme préliminaires les constatations suivantes :

  1. L’existence d’une « mer » subtile de vibrations dans laquelle les êtres vivants baignent et communiquent entre eux(17). Dans cet environnement énergétique, tout mouvement effectué par quelqu’un (gestes physiques, émotions, sentiments ou pensées) module l’ambiance vibratoire générale, modifiant ainsi l’équilibre énergétique des êtres vivants. De même qu’en microphysique le déplacement d’un simple ion se répercute dans tout l’univers atomique, ainsi sur le plan de l’énergie vitale, aux trois niveaux physique, psychique et mental, une émotion, une pensée ou un geste exprimés par quelqu’un influenceront plus ou moins ses proches consciemment ou inconsciemment selon leur intensité. Par l’énergie vitale, tous les êtres vivants (végétaux, animaux et humains) sont intégrés dans une synergie ou interdépendance dynamique. C’est ce qui permet et explique l’équilibre écologique de la faune et de la flore d’une région ainsi que les communications télépathiques, car à cette « mer de vibrations » participe ou s’identifie l’inconscient collectif (Jung). Il ne faut pas oublier que le substrat de la vie physique et psychique est constitué de l’univers atomique.
  2. La nature de la pensée. Toute pensée qu’émet le mental est une forme d’énergie ou unité d’information qui peut être perçue et décodée par un autre mental. Des recherches récentes en neuro-psycho-immunologie(18) démontrent que plus un individu nourrit des pensées élevées (dans le sens humain et philosophique), plus celles-ci engendrent un état d’équilibre énergétique favorisant la santé et l’euphorie. Il faut en dire autant de nos émotions, de nos sentiments et de nos gestes physiques qui expriment nos états mentaux.
  3. La télépathie*. Ce phénomène de communication « invisible » entre deux ou plusieurs personnes découle de ce qui vient d’être exposé. Tout comportement est la réalisation d’une forme-pensée (ou information) reçue ou donnée. Dans l’hypnose, le comportement (transe) répond à une forme-pensée (ordre, suggestion) donnée par l’hypnotiseur et reçue par l’hypnotisé. À l’intérieur de cette transe, tous les autres comportements obéiront à la même logique.

Le comportement d’un individu dans un état de conscience* modifié dépendra des données intégrées dans son psychisme à partir de son éducation (conditionnement), ses apprentissages, ses croyances et son éthique. Il sera plus ou moins modifiable selon la souplesse de son mental à accepter de nouvelles données (suggestions ou directives d’un hypnotiseur, d’un magnétiseur ou d’un sophrologue). Cette souplesse est en relation directe avec le degré de suggestibilité ou d’ « hypnotisabilité » du sujet en question.

En d’autres mots, les suggestions d’un hypnotiseur ne produiront leurs effets que si elles ne viennent pas en contradiction avec les croyances et les convictions profondes du sujet. Par exemple, on ne pourra suggérer à quelqu’un, sous hypnose, de poser un acte qui lui répugnerait selon ses normes éthiques.

  1. Les comportements d’un sujet en transe hypnotique vont du plus mécanique au plus spirituel, tout comme, à l’état de veille, ses comportements changent selon la prédominance des besoins du moment : instincts élémentaires, besoins affectifs, besoins religieux ou spirituels.

C’est donc le sujet qui se met en transe hypnotique, en présence de l’hypnotiseur qu’il utilise simplement dans sa démarche. Un magnétophone pourrait jouer le même rôle (on l’a expérimenté avec certains sujets). Aux yeux de l’hypnotisé, la présence de l’hypnotiseur a une valeur de suggestion positive ou négative selon la compatibilité ou l’incompatibilité de leurs deux personnalités. On sait que le médium américain Edgar Cayce n’a jamais pu être hypnotisé par quelqu’un d’autre. Pour entrer en transe, il devait s’endormir lui-même par autohypnose. Quelle que soit la profondeur de la transe, il y a toujours une part de conscience qui veille, fût-elle subliminale.

En conclusion, on pourrait affirmer vraisemblablement que différents états de conscience peuvent être induits par des techniques visant à capter l’attention d’un sujet : magnétique, hypnotique ou sophrologique. Quant à la sophrologie, on pourrait la définir comme la science des différents états de conscience et de leurs applications thérapeutiques, qui, sous son aspect clinique, utilise les techniques de l’hypnose et de l’autohypnose pour induire un état de transe lucide.

            Il semble donc que les passes magnétiques peuvent engendrer un état somnambulique dans lequel le sujet utilise une facette de sa personnalité autre que celle qu’il présente à l’état de veille, que l’état hypnotique donne lieu à une dissociation mentale privilégiant le fonctionnement du cerveau droit, et que l’état sophrologique, pour sa part, favorise un élargissement de la conscience du corps, avec comme corollaire une certaine maîtrise des fonctions neurovégétatives de l’organisme.

            On voit que ces trois états de conscience diffèrent de la transe médiumnique, dans laquelle, comme je l’ai mentionné précédemment, l’ego est mis de côté pour laisser la place à une autre conscience.

 

 

Chapitre trois

Les manifestations médiumniques

 

L

es manifestations médiumniques furent nombreuses et variées au cours de l’histoire. Toutes les formes qu’elles ont revêtues depuis l’aventure des sœurs Fox en 1848 ont sans doute existé au cours des millénaires de l’histoire humaine : raps (coups frappés), clairvoyance, apparitions fantomatiques, incorporations, etc. On peut penser que l’apparition du prophète Samuel à Saül racontée dans la Bible était en fait un ectoplasme formé à partir du corps de la Pythonisse d’En-Dor servant de médium à l’esprit du prophète(19). La Pythie de Delphes, quant à elle, recevait des messages par clairvoyance ou incorporait le dieu qui parlait alors par sa bouche.

            Ce sont là des interprétations plausibles concernant ces phénomènes antiques à la lumière des études actuelles sur la médiumnité. Dans le présent chapitre, il sera question des formes de médiumnité qui se sont manifestées chez différents sensitifs au cours de l’histoire contemporaine, soit depuis 1848.

  1. Les coups frappés (raps)(20).

            C’est le procédé le plus élémentaire dont se servent les « désincarnés » pour attirer l’attention du médium. Ce phénomène a toujours lieu en présence d’un sujet sensitif. Il semble que l’esprit qui veut communiquer avec les vivants a besoin de l’énergie vibratoire du médium pour produire ces raps. Ensuite la communication du message n’est possible que si le sujet sensitif indique à l’esprit un code qui facilite le dialogue. C’est la méthode suggérée par les sœurs Fox : un coup pour « oui », deux coups pour « non ». On perfectionna la méthode en intégrant l’alphabet au complet : un coup pour A, deux pour B, etc., jusqu’à vingt-six pour Z. On utilise encore ce procédé rudimentaire dans certaines séances spirites.

2. Écriture automatique.

         Ce curieux procédé est très souvent utilisé par les « morts » pour communiquer avec les « vivants ». Il peut se produire de trois façons :

  1. Le médium est en transe et inconscient alors que sa main se met à écrire rapidement et sans arrêt pendant de longues périodes. L’exemple le plus frappant de ce genre de communication fut celui de Mme Piper, médium américain, étudiée pendant près de trente ans par des hommes de science. Elle le fut d’abord par le psychologue William James dont le scepticisme en matière de spiritisme était bien connu, puis par Richard Hodgson, membre de la S.P.R., de Londres, considéré comme la « terreur des médiums ». Ce dernier, en effet, avait la réputation d’infaillible démystificateur. Notons enfin que parfois plusieurs esprits peuvent communiquer des messages à tour de rôle. Les différences apparaissent alors dans le graphisme du médium.
  2.  Le sujet sensitif n’est pas en transe, mais son bras activé par une puissance étrangère se met à écrire des messages sans sa participation; il peut alors s’occuper d’autre chose ou converser avec d’autres personnes.
  3. Le sujet reste à l’état de veille et écrit les messages qu’il reçoit dans son mental (Mme Willet, Rosemary Brown). Il s’agit alors d’une sorte de perception extra-sensorielle* non seulement des messages, mais aussi, selon Mme Willet, de la  présence de ceux qui les dictent. C’était le cas également de Rosemary Brown qui recevait des pièces musicales de Liszt et d’autres musiciens décédés (voir plus loin). Mme Leonore Piper devint célèbre dans le monde entier à cause des études parapsychologiques dont elle fut l’objet. Aucun médium n’a passionné autant de savants et d’experts ni a été l’objet d’autant de travaux et d’études scientifiques. Dans ses publications, la S.P.R. de Londres ne lui consacra pas moins de 3 000 pages.

Ce médium eut deux « contrôles » au cours de ses séances : le premier était l’esprit d’un médecin français, nommé Phinuit; le second, qui le remplaça plus tard, était l’esprit d’un jeune avocat de New York décédé des suites d’un accident d’équitation. Il s’appelait George Pellew. Le Dr Hodgson l’avait connu de son vivant et savait qu’il avait pris part, cinq ans plus tôt, à une séance avec Mme Piper.

Les révélations données par Mme Piper en transe, par écriture automatique ou verbalement (et souvent des deux façons à la fois), étaient telles que l’on ne pouvait attribuer ces connaissances à la télépathie ni à une information obtenue d’autres sources par le médium. Aux yeux de la science officielle, les facultés de Mme Piper restaient une énigme. Deux des plus farouches défenseurs de la démarche scientifique furent convaincus de la réalité des communications de ce médium.

Reconsidérant tout ce que j’eus le loisir d’apprendre au sujet de Mme Piper, écrit William James, je suis absolument sûr qu’en état de transe, elle arrive à savoir des choses qu’elle ne saurait jamais autrement. Il ne reste plus qu’à comprendre ou expliquer ces facultés de l’état de transe(21).

 

            Mais le Dr Richard Hodgson, qui, à la demande de William James, continua l’étude du médium, alla plus loin encore dans ses conclusions personnelles :

Je ne peux m’empêcher, écrit-il, d’affirmer être certain que les « contrôles » sont vraiment les esprits des personnes qu’ils prétendent avoir été de leur vivant. Ils ont simplement survécu à ce changement d’état que nous appelons « la mort », et communiquent avec nous, les vivants par l’intermédiaire du corps de Mme Piper lorsque celle-ci est en transe. Après avoir essayé pendant des années d’attribuer ce genre de communication à la télépathie entre différents êtres vivants, je n’hésite pas aujourd’hui à dire, car j’en suis absolument certain, que l’hypothèse des esprits est la seule confirmée par les résultats obtenus au cours des expériences, et que celle de la télépathie ne l’est pas(22). 

 

3. Incorporation du médium par un désincarné

         Cette forme de manifestation médiumnique concerne les messages parlés ou dits par le sujet en transe profonde. La voix est modifiée ainsi que l’accent : ce n’est plus celle du médium. La voix du « contrôle » Phinuit, très grave et aux sons métalliques, différait totalement de la voix douce au timbre aigu de Mme Piper. Il en était de même pour Jane Roberts et Ian D. Borts. Shirley MacLaine confirme le même phénomène pour les « esprits » qu’elle avait consultés et qui s’exprimaient par le médium Kevin Ryerson(23).

            Au dire des « entités » elles-mêmes, ce mode de communication suppose une préparation du médium sur le plan psychique et mental qui le rende apte à transmettre des messages d’une qualité philosophique et spirituelle qui dépasse leur propre niveau d’éducation. Cette préparation se fait à l’insu du médium ou inconsciemment, notamment en se camouflant dans le développement de remarquables talents artistiques ou littéraires. Par ailleurs, ce mode de communication ne pourra avoir lieu que si le médium accepte librement de servir d’intermédiaire. Cette acceptation ne se réalise que graduellement et de façon concomitante avec le développement de la médiumnité.

            Ainsi le médium américain Jane Roberts, qui était écrivain, se retrouva un jour devant un texte qu’elle avait écrit en état de transe et qui répondait à ses interrogations sur la nature de la personnalité. Ce fut pour elle et son mari le début d’une recherche intensive sur la nature de l’inconscient.

            Commencée avec la planchette d’un Ouija, cette étude fut poursuivie en état de transe profonde lorsque Jane Roberts laissait la place à une entité désincarnée du nom de Seth*. La voix et les gestes du médium s’en trouvaient fort modifiés. L’incorporation était telle que Robert Butts, à travers le corps de son épouse, dialoguait avec un personnage érudit qui lui communiquait, dans un style professoral mais avec une bonhomie de bon aloi, des exposés très sérieux de nature philosophique, scientifique et spirituelle. À raison de deux sessions par semaine, l’entité Seth a dicté un volume complet sur l’existence éternelle de l’âme,  The Eternal Validity of the Soul, que l’éditeur a intitulé Seth Speaks (L’enseignement de Seth) (24). Quelques autres ouvrages suivirent dont un portait le titre The Nature of Personal Reality  (La réalité personnelle). Le médium et le sténographe avaient conclu une entente selon laquelle Jane Roberts ne prendrait connaissance du texte des sessions qu’une fois le livre terminé.

 

 

4. Les messages reçus sans modification de la voix

            Dans ce genre de communication, le médium est en transe (ou mieux se met en transe) plus ou moins profonde tout en gardant sa conscience de veille. Il est conscient d’être en contact avec le désincarné qui communique avec lui (il le voit et l’entend) et de transmettre oralement le message reçu.

            Ce fut le cas du médium américain Andrew Jackson Davis (né en 1826) qui aurait été en communication avec un célèbre thaumaturge du 1er siècle après J.-C. (Apollonius de Thyane?) avec Swedenborg (mort en 1772) et avec Galien (131-199), médecin grec considéré comme l’un des précurseurs de la médecine.

            C’est à ces entités désincarnées que Davis attribuait les connaissances qui lui permettaient, en transe, de diagnostiquer les maladies et d’indiquer les remèdes pour les guérir.

            En mai 1845, lors d’une de ses visions, il reçut l’ordre d’écrire une oeuvre importante. Il se rendit à New York pour la réaliser. Le médium, se mettant alors dans un état analogue au sommeil, dictait les « révélations » qu’il recevait de l’au-delà et que ses collaborateurs, le Dr Lyon et un ecclésiastique nommé Fisherbough, mettaient par écrit. Après quinze mois de dictée, il en sortit « un livre rempli de conseils donnés par les esprits et suivis de principes philosophiques adéquats, tout cela pour le bien de l’humanité : Principes de la nature, révélations divines et voix de l’humanité(25) ».

            La réputation du médium allait croître encore davantage après la découverte par l’astronome Leverrier en septembre 1846 d’une huitième planète, Neptune, que Davis avait décrite en mars de la même année. Ce fait ajouta au crédit populaire de son œuvre écrite. En 1857, il publia sa Philosophie du commerce avec les esprits; dans cette œuvre, Davis donne des renseignements sur le mode de relation que l’on peut entretenir avec les esprits, mais aussi son opinion sur le spiritisme en général. C’est à Benjamin Franklin, affirma-t-il, qu’il devait les clefs essentielles du monde des esprits. « En communiquant avec lui depuis l’au-delà, l’esprit de Franklin lui aurait personnellement dévoilé le secret permettant aux esprits de se manifester en déplaçant des objets dans le monde des vivants(26). » L’œuvre de Davis constitue donc la « bible du spiritisme ».

            Tout aussi étonnant était le cas d’Edgar Cayce*, qui, à partir de 1934, devint conscient pendant sa transe médiumnique. Cette capacité s’accentua avec le temps, au point que les barrières entre les deux mondes physique et spirituel devinrent si fragiles qu’il lui arrivait de se demander dans lequel des deux il se trouvait(27).

 

5. Les compositions de récits historiques, romans, poèmes, etc.

            Les livres écrits sans la réelle participation de leurs auteurs, puisqu’ils étaient communiqués pendant la transe médiumnique, pourraient remplir une bibliothèque entière. Cette « inspiration de l’au-delà » était très en vogue au XIXe  siècle. Depuis les œuvres religieuses et mystiques de la stigmatisée allemande, Catherine Emmerich, qui les dictait à partir de ses visions, jusqu’aux enseignements de Seth (Jane Roberts) en passant par le médium suisse Hélène Smith, étudiée par le célèbre professeur Théodore Flournoy (De l’Inde à la planète Mars), les hommes de science (qui nient systématiquement la communication avec les esprits) se sont toujours butés à une énigme : d’où peut leur venir ces connaissances qui souvent dépassent leur propre entendement? En l’occurrence, l’hypothèse spirite, malgré ses limites, demeure la seule vraisemblable pouvant fournir une explication plausible.

            À titre d’exemple, citons d’abord le cas de Thomas James, un simple ouvrier, qui écrivit automatiquement, sous la dictée de Charles Dickens, la dernière partie du roman Le mystère d’Edwin Drood, que le romancier anglais avait, à sa mort, laissé inachevé.

            Mais le médium le plus connu dans ce genre de communication fut Mme Pearl Curran qui vivait à Saint-Louis (Missouri). Sa réputation est due au fait que l’A.S.P.R. (American Society for Psychical Research) de Boston chargea le Dr Walter Franklin Prince d’étudier ce curieux médium qui recevait des messages d’une dénommée Patience Worth qui aurait vécu au XVIIe  siècle. Le Dr Prince publia le résultat de ses recherches en 1927. L’ouvrage, portant le titre de The Case of Patience Worth, souleva une tempête en Amérique. Il rapportait les facultés mystérieuses d’une certaine Mme John Curran, auteur de nombreux romans qui lui avaient été dictés lorsqu’elle était en transe.

            Née en 1883, Mme Curran avait quitté l’école à l’âge de quatorze ans avec de minces connaissances en histoire et dans d’autres domaines. En dehors de sa vie quotidienne, elle ne connaissait rien et lisait très peu. Elle avait désiré devenir chanteuse, mais ne mena jamais ce projet à terme. Ce n’est qu’à l’âge de trente ans que ses facultés médiumniques se manifestèrent. C’était une « fem