MARCEL MERCIER
La vie étrange
des médiums
À Paulette, mon épouse,
qui fut pour moi un exemple
vivant de la médiumnité
Copyright ©Marcel Mercier 2005
TABLE DES MATIÈRES
Préface page 4
Introduction page 6
Chapitre un : Histoire de
la médiumnité page
10
Chapitre deux : La transe hypnotique
page 19
Chapitre trois : Les manifestations médiumniques page 28
Chapitre quatre : Le phénomène de la médiumnité page 38
Chapitre cinq : Matthew Manning :
un médium polyvalent page
46
Chapitre six : Un poltergeist bien québécois
page 56
Chapitre sept : Clairvoyante et guérisseuse
page 60
Chapitre huit : Un médium très occupé
page 69
Chapitre neuf : Confidences de clairvoyants contemporains page 77
Chapitre dix : La science et les médiums page
86
Chapitre onze : Les juges et les médiums page 90
Conclusion page 99
Document A : Carl G. Jung provoque un poltergeist page 103
Document B : Intervention psycho-sociale
page 104
Document C : Enquête sur la clairvoyance : un
questionnaire page
108
Bibliographie page
111
Glossaire page
115
Préface
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N |
ous retrouvons dans les
librairies une quantité impressionnante d’ouvrages écrits par des « auteurs»
que l’on pourrait qualifier d’assez subtils. Telle entité angélique ou tel
groupe d’anges viennent apporter leur message de paix et d’amour. Le Christ ou
Dieu lui-même utilise certains d’entre nous comme canal pour nous communiquer
leur sagesse. Chacun réagira différemment à ces ouvrages écrits par des
médiums, ces «channels» qui deviennent le véhicule transmettant des paroles
d’un monde invisible. Certains en riront, d’autres verront leur foi se
renforcer ou se nourriront positivement de ces messages. Le mérite de l’ouvrage
de Marcel Mercier consiste à nous amener dans les coulisses d’un tel phénomène
en découvrant les multiples manifestations de ces expériences paranormales.
En tant
que psychologue clinicien, je crois que la lecture de La vie étrange des
médiums aurait été d’un grand secours à certains clients que j’ai rencontrés
et qui bien malgré eux et sans le savoir véritablement, manifestaient des dons
de clairvoyance et de clairaudience. Plus souvent qu’on ne le croit, certaines
personnes vivent des expériences de nature transpersonnelle qu’elles ne
comprennent pas et sont hantées par la peur de la folie. Même en
psychothérapie, elles craignent de s’ouvrir sur leurs expériences
extrasensorielles craignant de se faire étiqueter de psychotique et de se faire
référer en psychiatrie. Parfois, c’est l’inverse et elles aimeraient mieux
savoir qu’elles souffrent d’une maladie mentale que l’on peut soulager que de
subir ces expériences incompréhensibles.
Pour ces
personnes, la lecture de ce livre leur permettrait de découvrir qu’elles ne
sont pas seules à vivre ces expériences et surtout qu’elles ne sont pas
nécessairement folles parce qu’elles entendent ou voient ce à quoi la majorité
est sourde et aveugle. Cet ouvrage accessible et concret sur un phénomène
abstrait et mystérieux permet de conceptualiser et de nommer leurs expériences,
et de ce fait, de les libérer de leur angoisse et éventuellement de mieux
utiliser leurs capacités.
D’une
façon générale, je dirais que ce que nous apporte Marcel Mercier dans son
ouvrage est une vision élargie de la réalité dans laquelle nous évoluons. Notre
vision occidentale du monde est plutôt égocentrique et matérialiste,
contrairement à la vision orientale qui tient compte de notre lien avec tout
l’univers. La vie étrange des médiums
élargit notre compréhension de la nature de la réalité et surtout des
multiples plans de conscience que l’humain est en mesure d’expérimenter. Par
ces propos et les données qu’il partage avec nous, Marcel Mercier vient
stimuler notre réflexion sur la nature de la réalité et sur les étonnantes
possibilités de la conscience humaine.
Benoît Rancourt M.Ps.
Psychologue
Introduction
(Les mots suivis d’un astérisque*réfèrent au
Glossaire à la fin de l’ouvrage)
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M |
édiums, sensitifs*, « psychic » , « channels*(1) : c’est ainsi que l’on désigne certaines personnes qui prétendent entrer en communication avec des êtres d’un autre monde ou d’une autre dimension. Notre époque ne manque pas d’exemples remarquables : Edgar Cayce, Arthur Ford, Olga Worrall, Lesly Flint, Ruth Montgomery, Jane Roberts*, Kevin Ryerson, Ian D. Borts, pour citer les plus connus. L’existence de la clairvoyance* et de la clairaudience* chez certaines personnes irrite, inquiète ou insécurise les esprits fermés à la métaphysique. Dans l’Antiquité, les médiums (prophètes, devins, pythies, etc.) étaient les porte-parole des dieux : on les consultait avec autant de respect que de crainte. Au Moyen Âge, sous la férule de l’Église, on les considérait comme des suppôts de Satan et, comme plus tard durant l’Inquisition(2), on les brûlait pour chasser d’eux les démons et sauver leur âme ! Aujourd’hui les savants ont relayé les hommes d’église, car c’est au nom de la science que l’on prétend maintenant démasquer, dit-on, « leur fumisterie » et mettre en garde contre leurs divagations.
Cependant, grâce aux développements de la parapsychologie
et à l’intérêt grandissant que suscitent les recherches sur les phénomènes
paranormaux, il n’est plus de bon ton de ridiculiser à haute voix ceux qui
croient « aux dialogues avec les morts ». On ne met plus en doute la
réalité de ces phénomènes et, en ce qui concerne notre propos, celle de la
médiumnité : en appliquant à ces faits les critères même de la science on
a enfin conclu à leur réalité. Et le débat s’est maintenant déplacé vers les
explications scientifiques qu’on tente de leur apporter. Mais, ce faisant, on
se bute à une pléthore de théories plus ou moins convaincantes qui ne font que
voiler une profonde ignorance en ce domaine. Si l’on est spiritualiste, on aura
tendance à croire aux « communications avec l’au-delà ». Mais si l’on
est partisan du rationalisme matérialiste, on s’efforcera d’attribuer à une
faculté encore inconnue de son subconscient les connaissances ou les informations
acquises par un médium en transe* profonde Et pour ceux qui se disent
sceptiques, il n’y a là que des trucs, de la fraude, des hallucinations ou du
charlatanisme.
Toutes les théories explicatives élaborées dans les
hautes sphères de la science n’ont pas encore suscité de résonance
significative dans les mentalités populaires et dans nos institutions
sociopolitiques. En réalité, les savants rationalistes se sentent mal à l’aise
et menacés dans leurs propres théories de la réalité par ce qu’entraînerait la
reconnaissance officielle du phénomène de la médiumnité. On serait alors
contraint en toute rigueur de considérer sérieusement d’autres problèmes
connexes aussi troublants que la survivance de la conscience après la mort du
corps physique, l’existence d’entités désincarnées et même le phénomène de la
réincarnation. Et cela risquerait d’entraîner
un changement inévitable de paradigme* dans la recherche scientifique.
De plus, les diagnostics médicaux élaborés par des
entités désincarnées (fussent-elles les âmes d’anciens médecins) s’exprimant à
travers un médium en transe profonde, constituent un empiètement intolérable,
aux yeux de certains médecins, sur le monopole légalisé de la médecine
scientifique traditionnelle. Les échecs de plus en plus nombreux enregistrés
par cette dernière, tout comme l’efficacité surprenante de certaines thérapies
alternatives dans des cas où la médecine a échoué, ne parviennent pas encore à
ébranler la foi aveugle que professent encore la plupart des disciples
d’Hippocrate en la toute-puissance de la médecine officielle. Aussi ne sent-on
pas le besoin et encore moins l’urgence de remettre en question la pratique
médicale actuelle dont les appareils sont de plus en plus perfectionnés et
sophistiqués, même s’ils la rendent malheureusement de moins en moins humaine.
Les médecins sont convaincus que, pour protéger la vie des gens, ils doivent conserver le monopole des soins aux malades que la loi leur a octroyé en tant que spécialistes de la santé. Forts de cette protection légale, ils s’attribuent donc la mission de poursuivre en justice tous ces médiums, tous ces guérisseurs, tous ces « charlatans » qui prétendent guérir mieux qu’eux. C’est d’autant plus menaçant que beaucoup le font effectivement. Aussi, s’empresse-t-on, pour camoufler son ignorance, de réduire ces résultats surprenants à un effet placebo* ! En fait, n’ont-ils pas les meilleurs appareils pour détecter les maladies et pour assurer leur traitement? Leurs médicaments ne sont-ils pas préparés et testés de façon scientifique par des entreprises pharmaceutiques agréées par l’État? Ce serait donc folie de renoncer à une technologie de pointe pour se fier aux « rêveries » d’un médium! Mais du même coup on n’hésite pas à balayer sous le tapis les maladies iatrogènes causées, chez les malades, par les médicaments mêmes qui devraient les guérir!
Chez beaucoup de médecins, se cache derrière cette
attitude suffisante non seulement la peur de perdre leurs prérogatives et leur
raison d’être, mais surtout une
ignorance, souvent voulue, concernant les phénomènes psychiques. Un
procès intenté il y a près de vingt ans à un médium de transe profonde, Ian D.
Borts, aujourd’hui décédé, illustre bien cette attitude ambiguë qui prévaut
encore face à ce phénomène tant au niveau du Collège des médecins qu’à celui du
Tribunal de la Justice.
Pour toutes ces considérations, le présent ouvrage veut
apporter un nouvel éclairage sur le phénomène de la médiumnité, et, si
possible, susciter un intérêt plus grand envers ces médiums dont le nombre se
multiplie de façon exponentielle dans les deux Amériques en particulier.
D’aucuns y voient l’aube d’une évolution mentale de l’homme vers une plus
grande spiritualisation des relations humaines et une plus grande facilité à
communiquer avec les mondes parallèles. Ce sont, selon certains, les
précurseurs du Nouvel Âge. L’ère du Verseau ne se caractérise-t-elle pas par la
primauté de l’esprit sur la matière?
Dans cette
optique, un premier exposé retrace l’histoire de la médiumnité depuis 1848,
année qui vit la naissance du spiritisme* (chapitre 1); suivent des
explications sur la transe hypnotique et les états de conscience modifiés
(chapitre 2); puis les diverses formes de manifestation médiumnique (chapitre
3); à la suite de ces premiers exposés, je présente le phénomène de la
médiumnité vu par les médiums eux-mêmes et par des entités qui s’expriment par
eux (chapitre 4); des exemples illustrent ensuite mon propos (chapitres 5 à 8),
suit une brève analyse de cas récents de clairvoyance (chapitre 9). Enfin en
évoquant le procès d’un médium, je veux montrer comment tant la science
médicale (chapitre 10) que la justice (chapitre 11) par leurs croyances et
leurs préjugés actuels, méconnaissent et persécutent à tort des personnes, qui,
pour rendre service, utilisent des facultés inhérentes à tout être humain. Voici donc le plan de l’ouvrage :
Chapitre un : Histoire de la médiumnité depuis 1848
Chapitre deux : La transe hypnotique
Chapitre trois : Les manifestations de la médiumnité
Chapitre quatre : Le phénomène de la médiumnité
Chapitre
cinq : Un curieux médium : Matthew Manning
Chapitre six : Un poltergeist* bien québécois
Chapitre
sept : Clairvoyante et guérisseuse
Chapitre
huit : Un médium très occupé
Chapitre
neuf : Enquête sur des clairvoyants
contemporains
Chapitre dix : La science et les médiums
Chapitre 0nze :
Document A : Carl G. Jung provoque un poltergeist en
présence de Freud
Document B : Intervention psycho-sociale dans un cas
de poltergeist
Document C : Questionnaire pour une enquête sur la
clairvoyance
Un
Glossaire suit la bibliographie. Le lecteur pourra le consulter pour avoir l’explication
des termes employés dans cet ouvrage. Je m’en voudrais de ne pas remercier ici
mon collègue Benoît Rancourt d’avoir accepté d’écrire la préface de cet
ouvrage. Il a su faire ressortir l’aide qu’il peut apporter à ceux et celles
qui vivent des phénomènes qui leur semblent incompréhensibles et menaçants pour
leur santé mentale. J’ose espérer que la lecture de La vie étrange des
médiums leur apportera effectivement lumière, apaisement et encouragement
pour contrôler leur énergie psychique dans un but créatif pour eux-mêmes et
pour les autres.
Il
y a quelque chose de vrai, de réel, d’authentique derrière tout cela.
William James
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D |
ans son ouvrage La
parapsychologie* ouvre le futur(3), Werner Keller rapporte le
récit que fit Mme Fox de la soirée du 31 mars 1848, alors que ses deux filles,
Kate et Margaretta, engagèrent une sorte de conversation en code sonore avec un
supposé fantôme. En voici un extrait.
J’étais morte de fatigue, mais à peine m’étais-je couchée, que cela commença; les enfants qui dormaient dans la même chambre que nous entendirent frapper des coups et se mirent en claquant des doigts à faire les mêmes bruits.
La
plus jeune, Kate, dit : « Monsieur le fantôme, fais la même chose que
moi », et elle se mit à frapper plusieurs fois dans ses mains. Dès qu’elle
eut fini, on entendit exactement le même nombre de coups; quand elle
s’arrêtait, les coups s’arrêtaient. Par taquinerie, Margaretta dit alors :
« Fais la même chose que moi ». Et elle se mit à compter; « Un,
deux, trois, quatre » et à frapper dans ses mains. Aussitôt, les coups lui
répondirent. Elle fut tellement effrayée qu’elle n’osa pas continuer.
J’eux
alors l’idée de tendre un piège à l’auteur des bruits et lui demandai de
frapper le nombre de coups correspondant à l’âge de mes enfants. Immédiatement,
dix-sept coups furent frappés, avec une interruption suffisante pour que l’on
puisse compter l’âge de chacune d’elles. Puis, il y eut un silence encore beaucoup
plus long, suivi de trois coups violents. Trois ans, c’était l’âge auquel mon
plus jeune enfant était mort. Alors je demandai : « Est-ce un
être humain qui répond à mes questions? » Pas de réponse. J’ajoutai :
« Si tu es un esprit, frappe deux coups. » À peine avais-je fini que
deux coups étaient frappés.
Chez les Fox, ces bruits nocturnes se produisaient depuis un mois déjà. Pour avoir confié à des voisins ce qui leur arrivait, les époux Fox virent bientôt leur demeure envahie par des curieux venus écouter ces bruits mystérieux. Les gens posaient des questions et le nombre de coups correspondait toujours à une réponse exacte. L’un des visiteurs, Isaac Post, imagina un système plus pratique pour obtenir des réponses. Il suggéra qu’à chaque lettre de l’alphabet corresponde un certain nombre de coups : A, un coup; B, deux coups; etc. On pouvait ainsi recevoir plus rapidement des messages entiers. Avec ce système, les Fox apprirent l’histoire du soi-disant esprit qui communiquait ainsi avec les personnes présentes. De son vivant, il était commerçant et avait habité cette maison jusqu’au jour où on l’y assassina. Son cadavre avait été enterré dans la cave. Les Fox, en creusant à divers endroits du sous-sol, finirent par découvrir des ossements que l’on présuma être ceux du défunt.
Passé le premier élan de curiosité, ces incidents
attirèrent sur les Fox tellement de critiques et de désagréments qu’ils durent
quitter Hydeville (N.Y.) pour Rochester, une autre ville du même État, où ils
avaient de la parenté. Les coups continuèrent de plus belle à cet endroit, mais
toujours en présence des deux sœurs Fox. Moins superstitieux que ceux de
Hydeville, les habitants de Rochester s’intéressèrent à ces communications avec
les esprits, ce qui contribua beaucoup à la popularité des deux médiums qui
furent par la suite invitées dans d’autres villes : New York, Buffalo et
Stratford au Connecticut. Des savants enquêtèrent sur ces phénomènes. Bientôt
des spirites se donnaient rendez-vous chez les Fox pour entendre les raps*(4) dont on avait tant parlé.
Un soir, on s’aperçut que les bruits se produisaient dans
la table même sur laquelle plusieurs personnes avaient posé leurs avant-bras.
Quelqu’un eut alors l’idée de questionner la table elle-même. Les personnes
firent la chaîne en se tenant par la main, paumes posées sur le plateau de la
table. Celle-ci répondait par des coups frappés et en oscillant d’avant en
arrière. Ce fut la découverte et l’origine des tables tournantes et la
naissance du spiritisme* moderne, qui s’articulait autour d’une communication
avec l’au-delà par le biais de ces coups frappés.
Les Etats-Unis devinrent bientôt le « paradis des
médiums* ». En 1851, on en comptait cent à New York, ainsi qu’une
cinquantaine de cercles privés à Philadelphie. Le journal North American
Review affirmait en 1855 qu’il y
avait environ deux millions de spirites aux Etats-Unis seulement.
Le spiritisme* franchit bientôt l’Atlantique, et les
premiers médiums importés d’Amérique arrivèrent en Europe. Ceux-ci prétendaient
pouvoir transmettre des messages de l’au-delà pendant une sorte d’état
d’inconscience qu’ils appelaient transe médiumnique : la voix
d’un défunt s’exprimait alors à travers leur corps.
Des séances avec tables tournantes* devinrent
la mode du jour. Des journaux publièrent des articles méprisants sur ce qui se
passait pendant ces séances, alors que des savants, les prenant au sérieux,
s’efforçaient d’en fournir une explication scientifique. L’opinion publique
était donc partagée, et donna lieu à des affrontements souvent violents entre
les croyants et les sceptiques.
L’écriture automatique* remplaça bientôt les tables
tournantes : c’était un procédé plus simple et plus rapide que le comptage
des raps. On assista alors à un pullulement de médiums véritables mais aussi
d’escrocs voulant profiter de l’engouement du public pour de tels phénomènes.
Le bon grain étant dispersé dans beaucoup d’ivraie, des hommes sérieux
décidèrent alors de fonder une association pour étudier scientifiquement le
phénomène de la médiumnité. La Society for Psychical Research (S.P.R.)*
vit officiellement le jour à Londres le 20 février 1882, et sa filiale
américaine (A.S.P.R.)* deux ans plus tard, à Chicago, en 1884.
Des personnages illustres furent membres ou
collaborateurs de la S.P.R. : Henry Sidwick, psychologue, premier
président; Sir William Fletcher Barrett, professeur d’Université; Sir Oliver
Lodge, physicien et chimiste célèbre; le
psychologue américain William James et le professeur Charles Richet de France.
Il
ne me paraît pas impossible qu’un philosophe de la blague puisse, ça et là,
avoir l’impression dramatique qu’il y a quelque chose de vrai, de réel,
d’authentique derrière tout cela […] Personnellement, quoique je doive
confesser qu’aucune preuve cruciale de la présence de la « volonté de communiquer » ne me
paraisse avoir été produite par le contrôle Hodgson pris à part, dans les
séances auxquelles j’ai eu accès, je dois dire aussi que l’effet total produit
sur mon esprit, dans l’ordre des probabilités dramatiques issues de la masse
totale des phénomènes analogues, est de me faire croire qu’une « volonté
de communiquer » se trouve là, sous une forme quelconque. Je ne
puis le démontrer, mais pratiquement, j’incline vers cette croyance, je parie
pour elle, et j’accepte le risque de la gageure.
Cette affirmation est de poids venant d’une autorité
scientifique dont le scepticisme face aux phénomènes de ce genre n’était pas un
trait secondaire. William James explique ensuite sa position dans les termes
suivants :
Ainsi
la volonté de communiquer peut venir soit d’entités permanentes, soit d’une
entité qui naisse à cette occasion. L’esprit de R.H. (Richard Hodgson) serait
une entité permanente. […] À considérer d’abord le cas d’entités permanentes,
il n’y a pas à priori de raison pour que les esprits humains et les
autres êtres spirituels ne puissent coopérer en même temps au même phénomène,
ou produire alternativement des manifestations différentes. […] Il faut que
l’on soit vraiment un « scientifique » pour montrer de l’aveuglement
et de l’ignorance au point de n’avoir l’idée d’aucune possibilité semblable(6).
En 1856 parut Le Livre des esprits, qui fut
traduit dans toutes les langues européennes. L’auteur était un professeur de
philosophie et de mathématiques, Léon Hippolyte Rivail, alias Allan Kardec, nom
qui lui avait été révélé au cours d’une séance médiumnique : ce nom était le sien, lui affirmait-on,
lorsqu’il était druide dans une vie antérieure.
Rivail, qui ne croyait pas à la communication avec les
esprits, accepta tout de même, à l’invitation d’un ami, d’assister à une séance
médiumnique. La nature des messages qui lui étaient adressés par
l’intermédiaire du médium et surtout la mission que les « esprits »
voulaient lui confier (expliquer rationnellement l’existence du monde des
esprits et leurs relations avec le monde terrestre) levèrent les derniers
vestiges de scepticisme de son esprit. Il assista à de nombreuses séances au cours
desquelles un esprit-guide lui communiqua des révélations qui devaient se
cristalliser dans la philosophie du monde des esprits. S’il n’était pas le
fondateur du spiritisme (originaire des Etats-Unis), il en fut le législateur,
puis le pape lorsque ce mouvement devint une religion.
Au sens large, le spiritisme est basé sur la possibilité
de communiquer avec les défunts ou les esprits en général. C’est une croyance
qui semble avoir existé dans toutes les civilisations. Pour nous en tenir à la
nôtre, on pourrait faire remonter le spiritisme au XVIIIe siècle, lorsqu’un
homme génial, nommé Emmanuel Swedenborg, affirmait communiquer de façon quasi
permanente avec les anges. En faisant abstraction du Moyen Âge avec ses bûchers
pour sorciers et sorcières, on peut le retracer antérieurement chez les Romains
et les grecs, où les dieux s’exprimaient par le biais de la Pythie (Delphes,
Cumes), et même dans la Bible (Saül et la Pythonisse d’En-Dor).
En apportant davantage de cohérence dans les
communications médiumniques et en orientant la pratique dans une optique de
recherche (spiritualisme expérimental), le spiritisme attira occasionnellement
des chercheurs sérieux comme Camille Flammarion, Sir Oliver Lodge ou même Charles
Richet. Mais afin de se départir du postulat « spiritualiste », ces
derniers élaborèrent une nouvelle approche scientifique connue sous le nom de
« mouvement ou association métapsychique », une approche des
phénomènes psychiques que l’on nommera ultérieurement la « parapsychologie ».
Mais tous les médiums et leurs « fans »
n’étaient pas spirites. Si
Puis, il y eut une accalmie, et les manifestations
médiumniques devinrent moins spectaculaires. La guerre de 1914-1918 et les
développements de la science (invention du téléphone, de la T.S.F., etc.) de
même que l’avènement de la psychanalyse contribuèrent peut-être au déclin de
l’intérêt pour ce phénomène, en polarisant l’attention des gens vers d’autres
champs d’investigation. Toutefois, certains médiums continuèrent à entrer en
communication avec l’au-delà, mais comme ils étaient moins nombreux, il y eut
forcément moins d’escrocs et d’imposteurs.
Le mouvement spiritualiste est toujours actif en Angleterre et compte beaucoup de médiums qui assurent, semble-t-il, la communication entre les deux mondes. Si aujourd’hui beaucoup de médiums deviennent guérisseurs en incarnant des médecins décédés (Arigo, Chapman), d’autres dispensent inconsciemment, sur demande, un enseignement ou des conseils des plus utiles pour régler des problèmes de toutes sortes (Edgar Cayce, Jane Roberts, Kevin Ryerson, Jach Pursel, Ian Borts).
Ces « channels », comme on les nomme
aujourd’hui, par lesquels s’expriment des entités (Speakers*), sont
consultés et considérés avec beaucoup de sérieux par des artistes, des
médecins, des psychologues et même des hommes politiques. Shirley MacLaine et
Michael York, par exemple, ont tous deux consulté des « channels »
à leur plus grand avantage et témoignent de la pertinence de leurs conseils et
de leurs avis.
Pour bien comprendre le phénomène de la médiumnité, il
convient de se familiariser avec un certain vocabulaire qui, à première vue,
peut paraître hermétique. Les raps ou coups frappés sont des
bruits produits dans les meubles ou les murs des maisons, sans cause apparente.
Dans l’histoire du spiritisme, ils sont attribués à des défunts qui manifestent
ainsi leur volonté de communiquer avec les vivants. Le spiritisme est
« la doctrine de ceux qui, croyant à la survivance de l’âme (ou tout au
moins de certains ‘ résidus psychiques ‘) après la mort, admettent la
possibilité de communication entre les vivants et les morts(8) ». Ainsi,
le dictionnaire définira le médium comme un « sujet qui sert
d’intermédiaire entre les esprits et l’humanité dans la pratique du
spiritisme ». Et la médiumnité comme l’ « aptitude à
servir de médium dans les théories spirites ».
D’une façon beaucoup plus générale, un médium est
une « personne chez qui se manifestent des phénomènes paranormaux, le plus
souvent quand elle est en état de transe » (Dictionnaire de la
psychologie moderne I). On parle également, en ce sens, d’agent, de
sensitif, de sujet, de « channel ». Ce dernier terme
désigne un « médium de transe profonde ». Faire du « channeling »
signifie « communiquer avec l’au-delà par l’intermédiaire d’un canal
humain ». Pour ce faire, les « channels » entrent en
transe, ou dans un état méditatif dans lequel ils dépassent les limites de leur
propre conscience et de leur ego pour contacter d’autres consciences ou
sources d’énergie extérieure qu’ils laissent s’introduire dans leur corps.
Ainsi, le « channel » que l’on pourrait traduire, faute d’un
terme plus adéquat, par canal psychique, ne servirait que de simple
véhicule à une ou plusieurs entités(9).
Enfin, on nomme « contrôle » l’esprit ou
l’entité qui s’exprime habituellement par le médium. C’est lui également qui
sert d’intermédiaire entre le consultant et d’autres esprits qui veulent entrer
en communication avec ce dernier, jouant ainsi le rôle d’une sorte de police
d’ordre. Liszt, par exemple, était le contrôle de Rosemary Brown* : il lui
emmenait l’un ou l’autre compositeur désireux de lui communiquer de nouvelles
œuvres musicales.
Dans l’histoire de la médiumnité, les moyens employés par
les « esprits » pour communiquer furent donc variés, et ils
évoluèrent du plus rudimentaire (coups) au plus perfectionné (voix),
c’est-à-dire des bruits significatifs au langage articulé et modifié du médium.
Dans la maison « hantée » des Fox à Hydeville,
comme je l’ai mentionné précédemment, des bruits se firent souvent entendre
comme pour attirer l’attention des locataires. Ce n’est qu’après un mois de tapage
nocturne que les médiums, en l’occurrence Margaretta et Kate Fox, trouvèrent un
sens à ces bruits en posant des questions. Le nombre de raps ou de coups
frappés déterminait la qualité de la réponse. Par la suite (à Rochester), les
coups se transférèrent à une table, puis quelqu’un suggéra aux communicateurs
invisibles d’adapter les coups frappés aux lettres de l’alphabet. Cette
nouvelle méthode permettait non seulement de dépasser le stade du oui (un coup)
et du non (deux coups), mais de recevoir des phrases et des messages complets.
Apparut alors la planchette (appelée Ouija*), une table
miniature qui, tenue par la main du médium, se dirigeait d’elle-même sur un
tableau vers l’une ou l’autre lettre ou vers les chiffres que l’on y avait
inscrits, formant ainsi des mots et des phrases. Ce procédé s’avéra de
maniement plus facile et plus rapide que les tables tournantes.
De la planchette, on passa ensuite à l’écriture
automatique, soit que le médium tint lui-même le crayon, soit qu’il l’attacha à
une corbeille à ouvrage qui se mettait bientôt en mouvement et transcrivait des
messages pour le consultant. Puis, les spirites, avec leurs ardoises,
ajoutèrent une variante à ce procédé : on attachait deux ardoises, l’une
face à l’autre avec une craie entre les deux. Ces ardoises étaient déposées sur
ou sous la table. À la fin de la séance, on séparait les deux ardoises qu’on
trouvait alors couvertes d’écritures. Enfin, comme si les esprits ne devaient
accéder que graduellement à l’incorporation du médium, le dernier
perfectionnement de leur moyen de communication consista à utiliser l’organe
vocal même du médium, alors en sommeil ou en transe profonde.
Voilà pour les moyens de communication dans le cadre
d’une séance où un consultant s’entretient avec un être désincarné par
l’intermédiaire d’un médium en transe. Mais il existe d’autres méthodes par
lesquelles une personne sensitive peut entrer en communication avec des
« esprits ». Ces derniers peuvent se faire entendre sans utiliser
l’appareil vocal du médium. Leslie Flint, par exemple, était un médium à effet
physique : il avait la faculté d’attirer les esprits des morts et de leur
fournir une substance appelée ectoplasme que ceux-ci soutiraient de son corps
et de ceux des consultants pour former un halo brumeux au-dessus de sa tête.
« Ce halo constitue un capteur de voix et se veut une réplique des cordes
vocales humaines. » Les sons se formaient donc à partir de ce capteur de
voix et ne provenaient nullement du larynx du médium (expérience contrôlée en
laboratoire(10)).
Les esprits s‘intéressent aussi au fonctionnement des
inventions récentes en matière de communication : téléphone, magnétophone,
machine à écrire, etc. Ruth Montgomery, journaliste à la retraite, possédait
des dispositions médiumniques. Chaque matin, elle recevait des messages ou des
réponses aux questions adressées à ses guides spirituels par le truchement de
sa machine à écrire, sur laquelle elle posait simplement ses doigts tout en se
plongeant dans une profonde méditation(11).
Le Dr Andrija Puharich, parapsychologue, quant à lui,
reçoit, le 11 janvier 1971, à 11 heures un appel téléphonique à son bureau de
New York. Une voix féminine lui annonce la mort du guérisseur brésilien Arigo,
qui l’avait soigné, et lui demande ses commentaires pour une station de Rio de
Janeiro. Trop bouleversé par cette nouvelle pour dire quoi que ce soit,
Puharich prend le nom et le numéro de téléphone de son interlocutrice en lui
promettant de la rappeler à ce sujet. Entre-temps, revenu de son émotion
première, il s’informe au consulat du Brésil à New York, puis à l’ambassade du
Brésil à Washington : personne ne possédait cette information. Enfin, il
téléphone à des amis du Brésil qui lui confirment la triste nouvelle :
Arigo avait été victime d’un accident de voiture à 11 h 15 (heure de New York).
Voulant rappeler sa première correspondante pour lui faire ses commentaires, il
constate que son bloc-note est vierge de toute écriture. De plus, sa secrétaire
lui avoue n’avoir pas entendu la sonnerie du téléphone à 11 h. Puharich avait
donc été averti mystérieusement de la mort d’Arigo, et cela quinze minutes
avant qu’elle ne se produise ! Des explications sur la mort d’Arigo lui furent
données plus tard sur magnétophone lorsqu’il se trouvait en Israël pour étudier
Uri Geller(12), lui aussi, un médium à effet physique.
Une autre expérience parapsychologique consiste à
enregistrer des voix mystérieuses qui ressemblent étrangement à des messages de
l’au-delà. C’est un Suédois, Friedrich Jurgenson, qui le premier mit ce phénomène
en évidence, tout à fait par hasard, en voulant enregistrer des chants
d’oiseaux. Des sommités scientifiques telles que Hans Bender (Allemagne) et
Tennaeff (Hollande) s’y sont vivement intéressées. Le Dr Raudive, qui avait
longuement étudié ce phénomène avec d’autres savants, était persuadé qu’il
s’agissait bien de voix de défunts. Après sa mort, il aurait transmis des
messages, avec d’autres savants décédés, dans lesquels il suggérait de
nouvelles techniques de communication entre les deux mondes, notamment via un
téléviseur(13).
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’étude de l’hypnotisme (ou de l’hypnose) est liée historiquement à celle du magnétisme animal* de Mesmer (1734-1815). C’est que le phénomène de transe ou de sommeil hypnotique se manifestait souvent au XVIIIe siècle pendant les cures magnétiques. Un disciple de Mesmer, Armand Chastenet de Puységur (1751-1825), avait le premier fait état d’un phénomène particulier auquel il donna le nom de « somnambulisme* magnétique ». Il avait remarqué que certains sujets « magnétisés » s’assoupissaient et sombraient dans une sorte de sommeil « lucide ».
Le premier cas qu’il étudia est demeuré célèbre dans
l’histoire du somnambulisme*. Il s’agissait d’un paysan, nommé Victor, qui,
sous l’effet des passes magnétiques, tombait en transe profonde. Dans cet état,
il était doué d’une faculté nouvelle que Puységur nomma
« clairvoyance »; elle lui permettait d’analyser sa propre maladie ou
celle des autres patients, de poser un diagnostic précis, d’indiquer le remède
adéquat ainsi que de prédire la date de la guérison. Il faisait montre d’une connaissance médicale étendue
qu’il ne possédait pas à l’état de veille. Au sortir de cette transe, en effet,
Victor ne se souvenait plus de ce qu’il
avait dit pendant la crise somnambulique(14).
L’étude du magnétisme animal, condamné, sur le plan
scientifique, par deux commissions royales en 1784, céda alors la place aux
recherches sur ce curieux phénomène. Dans le camp des mesmériens, on
considérait le somnambulisme comme un effet secondaire de la cure magnétique,
faisant partie de la « crise salutaire » qui précédait et annonçait
la guérison. Mesmer n’y attachait pas trop d’importance, car à son avis, elle
n’était pas essentielle aux résultats du traitement magnétique.
En 1847, le Dr Braid, qui avait assisté aux
démonstrations de Lafontaine à Manchester, pendant lesquelles ce mesmérien
endormait ses sujets par des passes magnétiques, réussit à provoquer un état
analogue en suggérant à sa femme et à sa servante de fixer un objet. Au bout de
deux ans, il publia le résultat de ses observations dans un ouvrage intitulé La
neurypnologie. Il nomma ce sommeil provoqué hypnotisme et on
qualifia de braidisme sa théorie et sa méthode du monoïdéisme, concentration
de l’esprit sur un point : pour provoquer cet état, Braid utilisait un
objet brillant.
Après quoi, plusieurs variantes tant méthodologiques que
théoriques se succédèrent pour tenter de cerner ce phénomène. Pendant ses
démonstrations, l’abbé Faria (1813) endormait ses sujets en les fixant du
regard et en leur commandant de dormir. C’était la méthode de la fascination.
En Amérique, un nommé Grimes lança une méthode de suggestion verbale qu’il
nomma l’électrobiologie. En France, sous l’impulsion du clinicien
Velpeau (qui présenta à l’Institut une communication sur le sujet), on
multiplia les interventions chirurgicales sur des patients hypnotisés; aussi,
on ne parlait plus de magnétisme animal mais d’hypnotisme anesthésique.
Toutefois, la méthode mesmérienne était toujours utilisée. Le Dr Elliotson (1791-1868) fonda à Londres le « Mesmeric Hospital » où l’on opérait sans douleur des sujets magnétisés. Son exemple fut suivi dans tout le Royaume-Uni, jusqu’aux Indes, où un admirateur d’Elliotson, le Dr James Esdaile (1808-1859) pratiqua le magnétisme sur ses patients. À son départ de Calcutta, ce dernier avait à son actif 2000 interventions dont 300 importantes.
Influencé par la communication de Velpeau, Liébault
(1823-1904) reprit à Nancy les recherches de Braid sur l’hypnotisme. Il
n’utilisait plus que la suggestion* pour endormir et soigner ses
malades. Les guérisons se multipliaient. Hippolyte Bernheim (1837-1919), un
professeur de l’université venu l’observer, trouva ses démonstrations probantes
et s’associa avec lui dans cette recherche. Tous deux fondèrent l’École de
Nancy, qui deviendra la grande rivale de l’École de la Salpêtrière à Paris.
Sans rejeter complètement l’influence d’un certain fluide* (n’endort-on
pas des nourrissons uniquement par des passes!), ils expliquaient le sommeil
hypnotique par une cause psychologique : la suggestion.
Par contre, à la Salpêtrière, on faisait des expériences
d’hypnose uniquement avec des hystériques. On voyait dans l’hypnose un état
pathologique, soit une névrose hystérique artificielle. Pour leur part, les
tenants de la thèse de Nancy soutenaient qu’il s’agissait d’un phénomène
psychologique normal. La lutte fut âpre entre les deux écoles, et ce
furent les nancéens qui sortirent victorieux, avec leurs milliers de malades
soignés par la suggestion (le petit hypnotisme). Charcot (1825-1893) et
ses collègues, quant à eux, expérimentaient, au dire de Bernheim, sur une
poignée d’hystériques « dressés » qui ne voulaient pas décevoir le
maître. On y pratiquait le « grand hypnotisme » avec perte de
conscience. Les phénomènes constatés allèrent de la transmission de pensée au
transfert des paralysies hystériques (expérience mise au point par Babinski au
moyen d’aimants).
À la Salpêtrière, on ne guérissait pas, on ne
faisait qu’expérimenter; ce qui explique qu’à la mort de Charcot, on renonça à
poursuivre des recherches qui n’étaient pas axées sur des traitements. Pierre
Janet continua à s’y intéresser et prédit même que l’étude de l’hypnose
reviendrait à la mode, au même titre que « les chapeaux de nos
grands-mères ». C’est lui qui introduisit l’expression « dissociation
mentale » pour expliquer le phénomène de l’hypnose. Si Pierre Janet
(1859-1947) regretta l’arrêt des recherches sur l’hypnotisme, un autre
praticien de la Salpêtrière, Sigmund Freud (1856-1939), après l’avoir utilisé
avec certains clients, finit par lui préférer la méthode psychanalytique qu’il
inventa.
Délaissée par la science officielle, l’hypnose n’en continua pas moins à être pratiquée par des médecins et des psychiatres dans le cas des névroses de guerre, de même qu’en dentisterie et en obstétrique. Mais c’est surtout en Angleterre et aux Etats-Unis qu’on l’appliqua systématiquement dans les traitements.
En 1933,
Hull, chercheur américain, entreprit des études sur ce phénomène, et arriva à associer l’hypnose à l’hypersuggestibilité.
Milton Erickson, dès 1940, développa les applications de l’hypnose en thérapie.
Ses succès suscitèrent un intérêt nouveau pour le sujet. Mais c’est à partir
des années 1955-1960 que l’on assista à une nouvelle poussée de recherches en
ce domaine, à l’instigation de Hilgard et Orne. Elles se sont poursuivies
jusqu’à aujourd’hui. À cause notamment des effets analgésiques dûment
constatés, l’American Medical Association reconnut l’hypnose comme une
technique médicale en 1958.
Sans
pouvoir expliquer la nature de ce phénomène qui est en rapport direct avec
l’inconscient*, on s’entend pour définir l’hypnose comme une sorte de
modification de l’état de la conscience. Voici les principales constatations
issues des recherches actuelles sur l’hypnotisme :
Toutes les méthodes d’induction de l’état
de transe comportent des suggestions à l’effet que le sujet se détende et
s’endorme. Des psychiatres et des praticiens cliniques ont, parallèlement aux
recherches sur l’hypnose, mis au point des méthodes permettant à quiconque de
retrouver les effets positifs de l’hypnose sans recourir à un
hypnotiseur : c’est la méthode de suggestion d’Émile Coué, basée
sur l’axiome de Noiset, à savoir que toute idée solidement implantée dans
l’esprit tend à se réaliser; c’est le training autogène de Schultz qui
favorise la relaxation consciente du corps; c’est également la technique de l’autohypnose
de Le Cron, intégrant tout à la fois détente, imagerie mentale et suggestion.
Ce qui
caractérise ces méthodes, c’est le fait que le sujet demeure conscient et lucide
pendant la transe. Mais la technique de l’autohypnose peut aussi induire, chez
le sujet, un état d’inconscience : nous obtenons alors la transe
médiumnique, que l’on pourrait appeler transe by-pass, le moi
conscient s’étant mis sur une voie d’évitement. Les grands médiums, comme Edgar
Cayce et Jane Roberts avaient recours à ce moyen pour atteindre la transe
profonde (voir plus loin).
Une autre technique a vu le jour à Barcelone en 1960, la sophrologie. Son fondateur, le Dr Alfonso Caycedo, psychiatre, prétend qu’il s’agit d’une nouvelle science de la conscience, qui n’est réductible ni au magnétisme ni à l’hypnose. Il se serait inspiré de techniques orientales de yoga qu’il aurait adaptées à l’esprit occidental.
Selon le
Dr Chercheve, sophrologue, « considérer la sophrologie comme récente
serait une erreur. Ses racines plongent dans la magie, le magnétisme,
l’hypnose »(16). Dans l’état sophrologique, le sujet est déconnecté de son
environnement tout en gardant sa lucidité et sa mémoire. La technique
d’induction est d’abord une relaxation basée sur le training autogène de
Schultz : le sujet se concentre sur son corps en ressentant successivement
la pesanteur et la chaleur de chacun de ses membres. Les suggestions verbales
sont choisies et énoncées dans un style agréable et rythmé afin d’influencer plus
facilement le système neurovégétatif : c’est le terpnos logos.
En cela,
il n’y a rien qui distingue la sophrologie du magnétisme et de l’hypnose, si ce
n’est une technique d’induction plus recherchée et plus systématique incluant
la suggestion de rester lucide. Cet état se retrouvait souvent chez des sujets
hypnotisés qui affirmaient être restés conscients pendant toute la durée de
l’expérience, et il est habituel chez des sujets pratiquant l’autohypnose dans
le but de modifier certains de leurs comportements.
On connaît
les effets ressentis dans l’état hypnotique. On a mis au point une méthode
d’induction qui y mène efficacement. On a déterminé des degrés dans la transe
hypnotique (légère, moyenne, profonde), chacun comportant des subdivisions
selon diverses caractéristiques. Mais on ignore toujours la nature de ce
phénomène.
À mon
avis, cette ignorance provient des limites de la démarche scientifique que l’on
a utilisée. En effet, dans l’histoire de la recherche sur l’état hypnotique,
les observations ont porté surtout sur le comportement du sujet hypnotisé et
sur la relation hypnotiseur-hypnotisé, que l’on a qualifiée de transférentielle
et de régressive. Mais on a très peu étudié l’incidence de l’influence de
l’hypnotiseur sur l’hypnotisé, de la personnalité du premier sur celle du
second..
Par
ailleurs, on a tenté, sans toutefois y parvenir, de distinguer l’hypnose du
magnétisme (qui en serait la protohistoire) et de la récente sophrologie (qui
en serait l’aboutissement évolutif). Mais on peut se demander s’il existe une
différence essentielle entre les états de conscience engendrés par les passes
magnétiques, l’induction hypnotique et les suggestions sophrologiques. Ne
s’agit-il pas en fait de différents procédés techniques dont l’efficacité est
fonction de la nature de la conscience?
Une
approche plus globale de la conscience humaine apporterait sans doute un
éclairage nouveau sur le phénomène de la transe magnétique, hypnotique ou
sophrologique. À mon avis, cette approche aurait comme préliminaires les
constatations suivantes :
Le comportement d’un individu dans un
état de conscience* modifié dépendra des données intégrées dans son psychisme à
partir de son éducation (conditionnement), ses apprentissages, ses croyances et
son éthique. Il sera plus ou moins modifiable selon la souplesse de son mental
à accepter de nouvelles données (suggestions ou directives d’un hypnotiseur,
d’un magnétiseur ou d’un sophrologue). Cette souplesse est en relation directe
avec le degré de suggestibilité ou d’ « hypnotisabilité » du
sujet en question.
En d’autres mots, les suggestions d’un
hypnotiseur ne produiront leurs effets que si elles ne viennent pas en
contradiction avec les croyances et les convictions profondes du sujet. Par
exemple, on ne pourra suggérer à quelqu’un, sous hypnose, de poser un acte qui
lui répugnerait selon ses normes éthiques.
C’est donc le sujet qui se met en transe
hypnotique, en présence de l’hypnotiseur qu’il utilise simplement dans sa
démarche. Un magnétophone pourrait jouer le même rôle (on l’a expérimenté avec
certains sujets). Aux yeux de l’hypnotisé, la présence de l’hypnotiseur a une
valeur de suggestion positive ou négative selon la compatibilité ou
l’incompatibilité de leurs deux personnalités. On sait que le médium américain
Edgar Cayce n’a jamais pu être hypnotisé par quelqu’un d’autre. Pour entrer en
transe, il devait s’endormir lui-même par autohypnose. Quelle que soit la
profondeur de la transe, il y a toujours une part de conscience qui veille,
fût-elle subliminale.
En
conclusion, on pourrait affirmer vraisemblablement que différents états de
conscience peuvent être induits par des techniques visant à capter l’attention
d’un sujet : magnétique, hypnotique ou sophrologique. Quant à la
sophrologie, on pourrait la définir comme la science des différents états de
conscience et de leurs applications thérapeutiques, qui, sous son aspect
clinique, utilise les techniques de l’hypnose et de l’autohypnose pour induire
un état de transe lucide.
Il semble donc que les passes magnétiques peuvent
engendrer un état somnambulique dans lequel le sujet utilise une facette de sa
personnalité autre que celle qu’il présente à l’état de veille, que l’état
hypnotique donne lieu à une dissociation mentale privilégiant le
fonctionnement du cerveau droit, et que l’état sophrologique, pour sa part,
favorise un élargissement de la conscience du corps, avec comme corollaire une
certaine maîtrise des fonctions neurovégétatives de l’organisme.
On voit que ces trois états de conscience diffèrent de la
transe médiumnique, dans laquelle, comme je l’ai mentionné précédemment, l’ego
est mis de côté pour laisser la place à une autre conscience.
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es manifestations
médiumniques furent nombreuses et variées au cours de l’histoire. Toutes les
formes qu’elles ont revêtues depuis l’aventure des sœurs Fox en 1848 ont sans
doute existé au cours des millénaires de l’histoire humaine : raps
(coups frappés), clairvoyance, apparitions fantomatiques, incorporations, etc.
On peut penser que l’apparition du prophète Samuel à Saül racontée dans
Ce sont là des interprétations plausibles concernant ces
phénomènes antiques à la lumière des études actuelles sur la médiumnité. Dans
le présent chapitre, il sera question des formes de médiumnité qui se sont
manifestées chez différents sensitifs au cours de l’histoire contemporaine,
soit depuis 1848.
C’est le procédé le plus élémentaire dont se servent les
« désincarnés » pour attirer l’attention du médium. Ce phénomène a
toujours lieu en présence d’un sujet sensitif. Il semble que l’esprit qui veut
communiquer avec les vivants a besoin de l’énergie vibratoire du médium pour
produire ces raps. Ensuite la communication du message n’est possible
que si le sujet sensitif indique à l’esprit un code qui facilite le dialogue.
C’est la méthode suggérée par les sœurs Fox : un coup pour
« oui », deux coups pour « non ». On perfectionna la
méthode en intégrant l’alphabet au complet : un coup pour A, deux pour B,
etc., jusqu’à vingt-six pour Z. On utilise encore ce procédé rudimentaire dans
certaines séances spirites.
2. Écriture
automatique.
Ce curieux procédé est très souvent
utilisé par les « morts » pour communiquer avec les
« vivants ». Il peut se produire de trois façons :
Ce médium eut deux
« contrôles » au cours de ses séances : le premier était
l’esprit d’un médecin français, nommé Phinuit; le second, qui le remplaça plus
tard, était l’esprit d’un jeune avocat de New York décédé des suites d’un
accident d’équitation. Il s’appelait George Pellew. Le Dr Hodgson l’avait connu
de son vivant et savait qu’il avait pris part, cinq ans plus tôt, à une séance
avec Mme Piper.
Les révélations données par Mme Piper en
transe, par écriture automatique ou verbalement (et souvent des deux façons à
la fois), étaient telles que l’on ne pouvait attribuer ces connaissances à la
télépathie ni à une information obtenue d’autres sources par le médium. Aux
yeux de la science officielle, les facultés de Mme Piper restaient une énigme.
Deux des plus farouches défenseurs de la démarche scientifique furent
convaincus de la réalité des communications de ce médium.
Reconsidérant
tout ce que j’eus le loisir d’apprendre au sujet de Mme Piper, écrit William
James, je suis absolument sûr qu’en état de transe, elle arrive à savoir des
choses qu’elle ne saurait jamais autrement. Il ne reste plus qu’à comprendre ou
expliquer ces facultés de l’état de transe(21).
Mais le Dr Richard Hodgson, qui, à la demande de William
James, continua l’étude du médium, alla plus loin encore dans ses conclusions
personnelles :
Je
ne peux m’empêcher, écrit-il, d’affirmer être certain que les
« contrôles » sont vraiment les esprits des personnes qu’ils
prétendent avoir été de leur vivant. Ils ont simplement survécu à ce changement
d’état que nous appelons « la mort », et communiquent avec nous, les
vivants par l’intermédiaire du corps de Mme Piper lorsque celle-ci est en
transe. Après avoir essayé pendant des années d’attribuer ce genre de
communication à la télépathie entre différents êtres vivants, je n’hésite pas
aujourd’hui à dire, car j’en suis absolument certain, que l’hypothèse des
esprits est la seule confirmée par les résultats obtenus au cours des
expériences, et que celle de la télépathie ne l’est pas(22).
3.
Incorporation du médium par un désincarné
Cette forme de manifestation médiumnique
concerne les messages parlés ou dits par le sujet en transe profonde. La voix
est modifiée ainsi que l’accent : ce n’est plus celle du médium. La voix
du « contrôle » Phinuit, très grave et aux sons métalliques,
différait totalement de la voix douce au timbre aigu de Mme Piper. Il en était
de même pour Jane Roberts et Ian D. Borts. Shirley MacLaine confirme le même
phénomène pour les « esprits » qu’elle avait consultés et qui
s’exprimaient par le médium Kevin Ryerson(23).
Au dire des « entités » elles-mêmes, ce mode de
communication suppose une préparation du médium sur le plan psychique et mental
qui le rende apte à transmettre des messages d’une qualité philosophique et
spirituelle qui dépasse leur propre niveau d’éducation. Cette préparation se
fait à l’insu du médium ou inconsciemment, notamment en se camouflant dans le
développement de remarquables talents artistiques ou littéraires. Par ailleurs,
ce mode de communication ne pourra avoir lieu que si le médium accepte
librement de servir d’intermédiaire. Cette acceptation ne se réalise que
graduellement et de façon concomitante avec le développement de la médiumnité.
Ainsi le médium américain Jane Roberts, qui était
écrivain, se retrouva un jour devant un texte qu’elle avait écrit en état de
transe et qui répondait à ses interrogations sur la nature de la personnalité.
Ce fut pour elle et son mari le début d’une recherche intensive sur la nature
de l’inconscient.
Commencée avec la planchette d’un Ouija, cette étude fut
poursuivie en état de transe profonde lorsque Jane Roberts laissait la place à
une entité désincarnée du nom de Seth*. La voix et les gestes du médium s’en
trouvaient fort modifiés. L’incorporation était telle que Robert Butts, à
travers le corps de son épouse, dialoguait avec un personnage érudit qui lui
communiquait, dans un style professoral mais avec une bonhomie de bon aloi, des
exposés très sérieux de nature philosophique, scientifique et spirituelle. À
raison de deux sessions par semaine, l’entité Seth a dicté un volume complet
sur l’existence éternelle de l’âme, The
Eternal Validity of the Soul, que l’éditeur a intitulé Seth Speaks
(L’enseignement de Seth) (24). Quelques autres ouvrages suivirent dont un
portait le titre The Nature of Personal Reality (La réalité personnelle). Le médium et le
sténographe avaient conclu une entente selon laquelle Jane Roberts ne prendrait
connaissance du texte des sessions qu’une fois le livre terminé.
4.
Les messages reçus sans modification de la voix
Dans ce genre de communication, le médium est en transe (ou mieux se met en transe) plus ou moins profonde tout en gardant sa conscience de veille. Il est conscient d’être en contact avec le désincarné qui communique avec lui (il le voit et l’entend) et de transmettre oralement le message reçu.
Ce fut le cas du médium américain Andrew Jackson Davis
(né en 1826) qui aurait été en communication avec un célèbre thaumaturge du 1er
siècle après J.-C. (Apollonius de Thyane?) avec Swedenborg (mort en 1772) et
avec Galien (131-199), médecin grec considéré comme l’un des précurseurs de la
médecine.
C’est à ces entités désincarnées que Davis attribuait les
connaissances qui lui permettaient, en transe, de diagnostiquer les maladies et
d’indiquer les remèdes pour les guérir.
En mai 1845, lors d’une de ses visions, il reçut l’ordre
d’écrire une oeuvre importante. Il se rendit à New York pour la réaliser. Le
médium, se mettant alors dans un état analogue au sommeil, dictait les
« révélations » qu’il recevait de l’au-delà et que ses
collaborateurs, le Dr Lyon et un ecclésiastique nommé Fisherbough, mettaient
par écrit. Après quinze mois de dictée, il en sortit « un livre rempli de
conseils donnés par les esprits et suivis de principes philosophiques adéquats,
tout cela pour le bien de l’humanité : Principes de la nature,
révélations divines et voix de l’humanité(25) ».
La réputation du médium allait croître encore davantage
après la découverte par l’astronome Leverrier en septembre 1846 d’une huitième
planète, Neptune, que Davis avait décrite en mars de la même année. Ce fait
ajouta au crédit populaire de son œuvre écrite. En 1857, il publia sa Philosophie
du commerce avec les esprits; dans cette œuvre, Davis donne des
renseignements sur le mode de relation que l’on peut entretenir avec les
esprits, mais aussi son opinion sur le spiritisme en général. C’est à Benjamin
Franklin, affirma-t-il, qu’il devait les clefs essentielles du monde des
esprits. « En communiquant avec lui depuis l’au-delà, l’esprit de Franklin
lui aurait personnellement dévoilé le secret permettant aux esprits de se
manifester en déplaçant des objets dans le monde des vivants(26). »
L’œuvre de Davis constitue donc la « bible du spiritisme ».
Tout aussi étonnant était le cas d’Edgar Cayce*, qui, à
partir de 1934, devint conscient pendant sa transe médiumnique. Cette capacité
s’accentua avec le temps, au point que les barrières entre les deux mondes
physique et spirituel devinrent si fragiles qu’il lui arrivait de se demander
dans lequel des deux il se trouvait(27).
5. Les
compositions de récits historiques, romans, poèmes, etc.
Les livres écrits sans la réelle participation de leurs
auteurs, puisqu’ils étaient communiqués pendant la transe médiumnique,
pourraient remplir une bibliothèque entière. Cette « inspiration de
l’au-delà » était très en vogue au XIXe siècle. Depuis les œuvres religieuses et
mystiques de la stigmatisée allemande, Catherine Emmerich, qui les dictait à
partir de ses visions, jusqu’aux enseignements de Seth (Jane Roberts) en
passant par le médium suisse Hélène Smith, étudiée par le célèbre professeur
Théodore Flournoy (De l’Inde à la planète Mars), les hommes de science
(qui nient systématiquement la communication avec les esprits) se sont toujours
butés à une énigme : d’où peut leur venir ces connaissances qui souvent
dépassent leur propre entendement? En l’occurrence, l’hypothèse spirite, malgré
ses limites, demeure la seule vraisemblable pouvant fournir une explication
plausible.
À titre d’exemple, citons d’abord le cas de Thomas James,
un simple ouvrier, qui écrivit automatiquement, sous la dictée de Charles
Dickens, la dernière partie du roman Le mystère d’Edwin Drood, que le
romancier anglais avait, à sa mort, laissé inachevé.
Mais le médium le plus connu dans ce genre de
communication fut Mme Pearl Curran qui vivait à Saint-Louis (Missouri). Sa
réputation est due au fait que l’A.S.P.R. (American Society for Psychical
Research) de Boston chargea le Dr Walter Franklin Prince d’étudier ce
curieux médium qui recevait des messages d’une dénommée Patience Worth qui
aurait vécu au XVIIe siècle.
Le Dr Prince publia le résultat de ses recherches en 1927. L’ouvrage, portant
le titre de The Case of Patience Worth, souleva une tempête en Amérique.
Il rapportait les facultés mystérieuses d’une certaine Mme John Curran, auteur
de nombreux romans qui lui avaient été dictés lorsqu’elle était en transe.
Née en 1883, Mme Curran avait quitté l’école à l’âge de quatorze ans avec de minces connaissances en histoire et dans d’autres domaines. En dehors de sa vie quotidienne, elle ne connaissait rien et lisait très peu. Elle avait désiré devenir chanteuse, mais ne mena jamais ce projet à terme. Ce n’est qu’à l’âge de trente ans que ses facultés médiumniques se manifestèrent. C’était une « fem